Arrestations arbitraires
Imposons le respect des libertés démocratiques
Existe-t-il deux poids, deux mesures en ce qui concerne le droit de manifester? C'est que beaucoup de personnes ont dû se demander en voyant au journal télévisé les gendarmes manifester et bloquer une autoroute avec des véhicules de service. Pour avoir tenté de faire la même chose, des ouvriers de Clabecq se retrouvent devant le tribunal correctionnel et risquent des années de prison.
Au cours des dernières semaines toute une série de militants ont fait l'objet d'arrestations arbitraires: syndicalistes, antifascistes, antiracistes.
Jeudi 4 mars, une bonne cinquantaine de jeunes et de travailleurs s'étaient rassemblés sur les marches du palais de justice de Bruxelles en début de matinée. Ils accompagnaient Roberto D'Orazio qui avait déposé une plainte en diffamation contre le curateur Zenner. La gendarmerie les a empêchés de pénétrer dans l'enceinte du palais de justice qui est pourtant un lieu libre d'accès. La gendarmerie a pré tendu qu'ils manifestaient. Mais il n'y avait pas le moindre tract ni l'ombre d'un calicot. Ils ont tous été arrêtés, menottés, embarqués à la gendarmerie, soumis à une fouille humiliante et photograp hiés comme des criminels (voir l'interview en page 3).
Le 11 mars, les étudiants fascistes du NSV organisaient une manifestation à Louvain. Le bourgmestre social-démocrate Louis Tobback a autorisé la manifestation et a interdit toute contre-manifestation. Mal gré cela, il y a eu dix fois plus d'antifascistes que de fascistes. La gendarmerie a non seulement protégé la manifestation fasciste mais a organisé des rafles parmi les antifascistes. Cinq membres de Militant qui se rendaient à la contre-manifestation en voiture ont été arrêtés par les gendarmes sur l'autoroute, peu avant leur arrivée à Louvain. Ils ont donc été arrêtés avant la contre-manifestation, me nottés, enfermés pendant plusieurs heures et photographiés.
Un groupe d'ouvriers sidérurgistes liégeois, venus à Nivelles apporter leur soutien aux travailleurs de Clabecq, ont été arrêtés à leur descente de voiture lors de leur retour & agrave; Liège. Ils ont été embarqués par les gendarmes et interrogés pendant des heures.
Dans les centres fermés de Bruges et de Merksplas, des demandeurs d'asile ont mené une grève de la faim pour la régularisation de tous les sans papiers. Ils ont été transférés en prison et enfermés comme des criminels.
Des parlementaires ont voulu entrer en contact avec des déboutés du droit d'asile expulsés par petit avion privé. La gendarmerie les a refoulés.
Procès de Nivelles à huis clos, arrestations administratives arbitraires pour intimider, emprisonnement de demandeurs d'asile qui protestent, parlementaires curieux écartés... la réforme de la just ice et de la police promettait plus de clarté sur les pratiques de l'appareil judiciaire et policier. Ce n'est que de la poudre aux yeux.
La situation économique s'aggrave, des fermetures d'entreprises et des licenciements massifs sont en préparation (Boël, VW). Le pouvoir fourbit ses armes pour affronter la prochaine explosion sociale. Mobilisons-n ous pour défendre les libertés démocratiques car c'est la liberté de protester qui est en jeu.
Pierre Stone