Même Lafontaine est trop à gauche!
L'annonce du départ du ministre allemand des finances Oskar Lafontaine de la pseudo coalition de centre-gauche (rassemblant sociaux-démocrates et verts) a provoqué une vague d'enthousiasme sur les march és boursiers européens. L'euro a immédiatement progressé par rapport au dollar. Lafontaine a dû se retirer après avoir perdu la lutte politique contre les responsables de son propre parti et contre le chancelier Sc hröder.
La presse de droite le décrivait comme l'homme le plus dangereux pour la construction européenne, mais il n'avait rien d'un homme de gauche, et n'était absolument pas un défenseur de solutions socialistes a ux problèmes de l'Europe. Il avait simplement pressenti depuis un certain temps qu'une partie des travailleurs allemands, d'Europe et ailleurs dans le monde commenceraient à se poser des questions sur le fonctionnement chaotique du "march&e acute; libre" capitaliste. Il plaidait pour quelques réformes destinées à un peu réorienter le système actuel.
Lafontaine est un réformiste héritier d'une époque où l'Europe connaissait encore quelques réformes en faveur des travailleurs. Il voulait en fait se tourner vers les anciennes réformes de typ e keynésien et à l'aide d'impôts sur le revenu des entreprises financer une série de programmes sociaux. Mais le temps des réformes est révolu. Tous les gouvernements, qu'ils soient composés de conservateurs ou de sociaux-démocrates et de verts, appliquent une politique néolibérale: privatisations, flexibilité, bas salaires et totale liberté des marchés.
Chez les sociaux-démocrates, on a nommé cela la "troisième voie", et le maître à penser de cette doctrine est le dirigeant travailliste Tony Blair. Ce n'est en effet pas un hasard si le "socialiste fl amand" Frank Vandenbroucke est récemment allé faire un doctorat à Oxford: pour cette catégorie de jeunes loups sociaux-démocrates, Lafontaine n'est qu'un défenseur démodé de l'intervention de l'Etat et d'impôts sur le revenu des entreprises. Exactement le contraire de ce Vandenbroucke souhaite.
Lafontaine avait osé interpeller la Banque centrale européenne pour demander une baisse des taux d'intérêts afin de stimuler la croissance. Il avait de plus fermé toutes une série de portes de sorties pour l'impôt sur le revenu des entreprises de manière à compenser une baisse des impôts des travailleurs. Des mesures qui n'ont rien de révolutionnaire, mais qui étaient suffisantes aux patrons allemands po ur le désigner comme un homme dangereux.
La démission de Lafontaine, peu de temps après la formation du gouvernement, montre comment les capitalistes peuvent peser sur la politique d'un gouvernement, et ceci indépendamment de sa composition. Cela montre aussi l'impuissance d'une politique qui prétend réformer le capitalisme et qui n'est en fait qu'un instrument aux mains du grand capital.
Le gouvernement allemand de Schröder et les autres gouvernement de l'Union vont s'empresser de redistribuer les revenus de la croissance aux patrons, et ceci en s'en prenant aux salaires, aux conditions de travail et aux allocati ons sociales. La démission de Lafontaine fera perdre une illusion de plus aux travailleurs allemands. La nécessité de s'organiser dans les syndicats et dans d'autres organisations pour arrêter ces attaques se fera ressentir parm i de plus larges couches de la population.
De plus en plus de travailleurs vont se rendre compte que les "partis ouvriers" traditionnels, tels que la social-démocratie, sont devenus des gestionnaires soumis au système capitaliste. La tâche prioritaire aujou rd'hui est la constructions de nouveaux partis de masse des travailleurs afin de défendre leurs intérêts.