Sidérurgie
Où mènent les capitulations des dirigeants syndicaux?
En Wallonie, deux usines sidérurgiques occupent le devant de l'actualité. A Clabecq, les travailleurs de Duferco ont fait grève à partir du 1er mars contre les bas salaires et pour le paiement des heures supplémentaires. Cette grève spontanée est doublement significative. Il s'agit d'abord d'un désaveu total de la capitulation des directions syndicales qui, en juillet 1997, avaient collaboré la main dans la main avec les patrons et les responsables politiques de la région wallonne pour imposer aux travailleurs de Clabecq le redémarrage de l'usine à des conditions draconiennes: baisse des salaires de 30%, exclusion du travail de tous les militants syndicaux et paix sociale de cinq ans. Cette paix sociale de cinq ans a volé en éclat après un peu plus d'une année, et ceci alors qu'il n'y a aucun militant syndical expérimenté dans l'usine.
Après plus d'une semaine, les travailleurs ont obtenu une hausse d'environ 7%, ce que bon nombre d'entre-eux considèrent comme «une aumône».
Chez Boël, à La Louvière, les travailleurs se retrouvent le dos au mur. Le groupe sidérurgique Hooghovens se retire des anciennes usines Gustave Boël. Il est maintenant évident qu'en reprenant Boël, Hooghovens n'était pas intéressé par l'usine de La Louvière et ne cherchait qu'à mettre la main sur la filiale de Boël en France. Mais cela a permis d'autre part à l'ancien patron (Boël) de par tir à la dérobée, comme un voleur, et laisser les travailleurs en plan. Le groupe Duferco se propose maintenant de reprendre l'usine de La Louvière. Mais à quelles conditions? Et à quel salaire? Avec combien de tr availleurs? Les travailleurs de Boël ont déjà annoncé qu'ils préféraient se retrouver au chômage plutôt que de travailler pour le même salaire que chez Duferco.
Mardi 23 mars, des négociations se sont cependant ouvertes avec Duferco qui est seul candidat à proposer la reprise de Boël. Roberto Grosso, porte-parole de Duferco, a déjà proposé de ne repre ndre que 750 travailleurs (actuellement 1.350 travailleurs)... avec une baisse de salaire. Comme il seul candidat en lice, il se retrouve donc en situation de dicter ses conditions.
L'accord signé à Clabecq par les dirigeants syndicaux en juillet 1997 risque donc de faire des petits. Il ouvre une brèche qui permet de diminuer les salaires en sidérurgie. Hier, c'était à Clabecq. Aujourd'hui, c'est à La Louvière. Et demain? Chez Cockerill (repris par Usinor) ou chez Sidmar?
24/3/99
Guy Van Sinoy