Procès de Nivelles

La justice montre son vrai visage

A l'heure où nous écrivons ces lignes, le procès de Nivelles contre les travailleurs des Forges de Clabecq a repris. Les irrégularités continuent de s'accumuler sur le plan judiciaire. L'article 66 §4 du code pénal permet de coller aux délégués syndicaux la responsabilité de tout ce qui arrive lors d’actions auxquelles ils ont appelé (manifestation, grève, occupation,...). Aucun juge d'instruction n'a été désigné sur ce dossier. La gendarmerie s'est occupée à remplir le dossier alors qu'elle est elle-même partie civile. L'acte de prévention ne précise pas exactement de quoi sont accusés les prévenus. Sous prétexte que le public applaudissait, le président du tribunal a décrété le huis clos (sauf pour les avocats et les journalistes) et empêche ainsi la publicité des débats. En cours de procès, le procureur continue de lancer de nouvelles préventions. Il utilise notamment des photos de presse pour lancer de nouvelles préventions.

La journée du 18 février illustre bien le mépris avec lequel le tribunal traite les travailleurs. Exceptionnellement, les portes de la salle d'audience étaient ouvertes au public car de nouvelles préventions, pour lesquelles le huis clos n'avait pas encore été prononcé, étaient examinées. La séance n'a duré que quelques minutes: après avoir annoncé que ces préventions étaient jointes aux premières, le président du tribunal a décrété le huis clos et levé la séance jusqu'au jeudi suivant. Alors que des centaines de sympathisants s'étaient déplacés pour soutenir les prévenus! Chaque séance du procès coûte beaucoup d'argent: les frais d'avocats (50.000F par séance), les frais de déplacements des sympathisants venus des quatre coins du pays et qui, en outre doivent prendre un jour de congé. La foule en colère a alors occupé pendant deux bonnes heure la salle d'audience (prises de parole, messages de solidarité, chants de lutte,...). Il y avait là plus de 500 personnes, et non une centaine comme l'ont relaté les médias.

Les travailleurs de Boël, menacés par un plan de suppression de plusieurs centaines d'emplois, étaient en grève et étaient venus en masse soutenir les prévenus. La CGSP-ALR (secteur des communaux) de Bruxelles avait officiellement envoyé des militants sur place: un vote de leur Bureau exécutif avait décidé de venir protester contre le procès. C'est un exemple à suivre: interpellez vos instances syndicales (délégations, comités exécutifs) afin qu'elle prenne résolument position. Au-delà des inculpés, c'est l'ensemble du droit de grève qui est menacé!

Une présence massive à la manifestation du 7 mars (14h, Place Goffin à Clabecq) est cruciale, car avant de frapper, les juges devront tenir compte de la large solidarité qui entoure les travailleurs de Clabecq malgré le silence total des appareil syndicaux.

Le dimanche 21 février, c'étaient à nouveau plus de 400 personnes qui étaient réunies à Tubize lors d'un meeting de soutien. En plus des avocats, Ricardo Petrella, Georges-Henri Beauthier (Ligue des Droits de L'Homme), Philippe Grignard (FGTB Caterpillar) ont pris la parole pour dénoncer ce procès.

Clôturant les tours de parole, Roberto D'Orazio a notamment expliqué ceci: «Les responsables politiques et du monde financier ont privé de leur revenu plus d’un millier de familles ouvrières. Mais ces responsables ne se sentent même pas culpabilisés. Au contraire, ils ont créé une situation qui culpabilise les victimes. Les travailleurs qui ont été réembauchés sont culpabilisés d'avoir retrouvé du travail, alors que leur salaire a baissé de 30%. Les prépensionnés sont culpabilisés car ils reçoivent un complément à leur allocation de chômage. Les travailleurs qui n'ont pas retrouvé d'emploi sont culpabilisés en tant que chômeur, alors que le simple fait de dire qu'on vient des Forges de Clabecq est un motif suffisant pour se voir immédiatement refuser un emploi. Les anciens militants syndicaux sont culpabilisés, alors qu'ils sont chômeurs et traînés en justice. Il faut renverser cette situation et désigner les vrais coupables. Il faut refuser la résignation et la soumission, et insuffler un esprit de récolte contre toutes ces injustices

Francine Dekoninck

 

Encadré

Le procès en vidéo

La RTBf a diffusé un excellent reportage sur le procès, dans le cadre de l'émission Faits divers. Il est important de montre ce reportage à tous ceux qui ne l’ont pas vu, par exemple en organisant une soirée à domicile avec des amis (vision + discussion). Si vous voulez organiser une telle soirée, prenez contact avec nous. (Militant: BP 2, 9000 Gand 21, tél 09/232.13.94)



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