La lutte électorale en Wallonie et à Bruxelles

Un «axe Wallonie-Bruxelles» pour défendre les travailleurs?

Deux éléments dominent l’actualité des partis francophones: la crise historique du PSC — qui, selon les sondages perdrait 35% de ses électeurs! — et la récente prise de position du parlement flamand (CVP, VLD, Volksunie) pour une scission partielle de la sécurité sociale et une remise en cause du statut de la région bruxelloise. Cela a provoqué une réaction unanime des partis francophones qui refusent toute modification de la constitution.

PS: continuer la même politique

Philippe Busquin, hausse le ton et menace, si de nouveaux transferts devaient avoir lieu vers la Flandre, de se délier des accords communautaires antérieurs et de revendiquer: l’alternance linguistique du poste de Premier ministre, l’extension du territoire de Bruxelles aux communes périphériques à facilités, le rattachement des Fourons à la Wallonie, l’évaluation du tracé de la frontière linguistique sur base d’un recensement linguistique et l’autonomie constitutive pour Bruxelles(1). Pour le président du PS, les déclarations provocatrices de Van den Brande (CVP) sont du pain béni car cela donne à Busquin l’occasion de mettre un clou de plus dans le cercueil du PSC: plus le CVP revendique la scission de la sécurité sociale, plus le PS dénonce le PSC comme porteur de valises du CVP car le PSC ne devrait sa survie au prochain gouvernement que grâce au CVP. Dehaene, qui veut sauver le PSC, a d’ailleurs vivement réagi contre Van den Brande.

Ce petit jeu permet aussi au PS de masquer le fait qu’il n’a pas d’autre programme que celui de continuer la politique actuelle. Sur ce plan, le bilan est clair: Di Rupo (Sabena, Belgacom) et Daerden (SNCB) mériteraient le titre de ministres des privatisations, les travailleurs de Clabecq ont fait l’expérience de la politique de l’emploi menée par Collignon. Le PS promet une campagne électorale autour de deux axes: le social et la solidarité Bruxelles-Wallonie, mais de fait son programme électoral ne sera adopté que le 24 avril prochain.

 

PRL/FDF/MCC: à droite toutes!

Au PRL par contre, on est fin prêt pour les élections. Quelques points importants de son programme(2): participation accrue du privé dans les services publics, plus de flexibilité pour les agents des services publics, pas de gratuité des transports publics, l’exonération fiscale pendant 3 ans pour les nouvelles sociétés et les augmentations de capital, réduction des charges sociales, impôt négatif pour les bas salaires, participation des chômeurs à des tâches d’utilité publique, limitation dans le temps des allocations de chômage, relèvement de l’âge de la prépension, promotion des fonds de pension privés, assouplissement des délais de préavis, généralisation des sacs poubelles payants. Bref, sous un emballage "soft", le PRL veut faire payer encore plus les travailleurs et les allocataires sociaux.

 

PSC: vers un naufrage électoral

Avec l’appui de Dehaene, Philippe Maystadt est accouru pour tenterr de redresser le PSC. Mais pour le moment, il s’agit surtout d’un ravalement de façade (nouveau sigle, etc.). Plusieurs figures importantes du PSC se sont tournées vers le PRL et vers le PS, et Maystadt aura beaucoup de peine à sauver son parti du naufrage électoral.

 

Écolo: la roue de secours

Les verts ont le vent en poupe: les sondages les donnent comme troisième parti en Wallonie et deuxième à Bruxelles. Ils sont candidats au pouvoir — comme en France, en Italie et en Allemagne — et s’apprêtent à faire l’appoint pour une majorité PS/PSC/Écolo. Quel serait le prix de leur participation gouvernementale? L’abandon du nucléaire? Les patrons électriciens sont pour, à condition de faire payer par la col lectivité l’entretien des centrales à abandonner. Le droit d’asile? Gageons qu’Écolo n’obtiendra guère plus que Joëlle Milquet, c’est-à-dire rien. Ce n’est pas un hasard si la lutte pour les places éligibles sur les listes d’Écolo est devenue rude: à Bruxelles Olivier Deleuze s’est affronté à Vincent Decroly. Une éventuelle participation électorale mettra Écolo au pied du mur et provoquera sans doute une crise dans ses rangs.

 

Et les travailleurs dans tout cela?

La campagne des partis traditionnels francophones se mènera donc sur un «axe Bruxelles-Wallonie», de fait une «unité nationale à l’échelle francophone» destinée à masquer la future politique d’austérité. Aucun des partis représentés dans les assemblées ne représente une alternative pour les travailleurs et leur famille. Leur seule perspective est de continuer la politique actuelle, voire l'infléchir encore plus à droite si les libéraux participent à la majorité en Wallonie et en Communauté française.

C’est pourquoi Militant veut mettre à profit la campagne électorale pour propager la nécessité d’un nouveau parti des travailleurs. A cette fin, nous aurons des candidats sur les listes du Parti communiste à Bruxelles et à Liège ainsi que sur la liste emmenée par Roberto D’Orazio aux élections européennes.

Guy Van Sinoy

Militant présentera des candidats sur la liste du Parti communiste à Liège et à Bruxelles avant tout pour propager des propositions anticapitalistes et parce que l ’ouverture du PC va dans le sens du rassemblement des travailleurs. A Liège, la liste du PC sera emmenée par Germain Dufour, ancien sénateur Écolo. Beaucoup de militants syndicaux sont dégoûtés par le PS et cherchent une alternative à gauche. Le programme électoral du PC se prononce clairement contre l’austérité (35 heures sans perte de salaire, suppression de la catégorie «cohabitant» pour les chômeurs), pour un secteur public fort (énergie, eau, télécommunications, transports, une partie du secteur financier), pour une fiscalité plus juste (faire payer les multinationales), pour le droit de vote à tous ceux qui habitent le pays de puis 5 ans. Il comporte cependant des faiblesses notamment en ce qui concerne l’illusion de pouvoir «contrôler» les mécanismes du marché. Nous participerons activement à cette campagne tout en apportant une critique fraternelle à ce qui nous semble erroné.

Militant avait plaidé auprès du Parti communiste pour qu’il ne présente pas de liste séparée aux élections européennes et soutienne la liste proposée par Roberto D’Orazio, mais le PC a décidé de se présenter seul aux européennes, ce qui est selon nous une erreur.

 

Et avec D’Orazio

Militant participera à la liste présentée par Roberto D’Orazio aux élections européennes car une telle liste va également dans le sens d’un rassemblement des travailleurs. La plate-forme du MRS est un excellent point de départ pour un programme électoral (32 heures, services publics, enseignement, sécurité sociale, protection de la nature, libertés démocratiques et syndicales, racisme, médias, unité des travailleurs). Il reste à la compléter sur le volet européen.

 

 

 

(Tableau)

Intentions de vote en décembre 1998 (*)

La variation indiquée se réfère aux élections de mai 1995.

 

Wallonie

PS 30% (- 3,8%)

PRL/FDF/MCC 29,8% (+ 5,8%)

Écolo 16,7% (+ 6,3%)

PSC 14,9% (- 7,8%)

Front national 4,3% (- 0,9%)

 

 

Bruxelles

PRL/FDF/MCC 37,6% (+ 1,9%)

Écolo 16,4% (+ 6,3%)

PS 14,2% (- 4,0%)

PSC 7,3% (- 2%)

Front national 5,4% (- 2,2%)

Vlaams Blok 4,1% (+ 0,4%)

CVP 3,2% (- 0,1%)

VLD 2,8% (+0,1%)

(*) Source: INRA/Marketing Unit, La Libre Belgique du 21/12/98

 

 



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