8 mars - Journée internationale des Femmes

Préparer la lutte contre la crise profonde qui s'annonce

Le 8 mars en Belgique, les organisations des femmes vont à nouveau organiser des activités à l'occasion de la Journée internationale des Femmes. Des femmes venant des pays sous-développés seront invitées pour raconter leur vécu sur la pauvreté, la famine, l'exploitation par les multinationales, les mutilations, le meurtre des bébés de sexe féminin... Tout cela est important.

Mais dans ce type de réunions les choses sont présentées un peu comme si tout allait bien pour les femmes en Belgique. Ici, les femmes ont acquis l'égalité, dit-on. Mais est-ce vraiment le cas? Ce type de réunion donnent un peu un air de charité plutôt que de solidarité. La charité est organisée au niveau international à travers un réseau étendu d'organisations non gouvernementales (ONG) qui lancent toute sorte de projets pour faire sortir les femmes de leur misère: depuis les banques qui accordent de petits prêts aux paysannes jusqu'à la construction d'institutions de soin pour les femmes enceintes et les femmes ayant des enfants en bas âge.

La solidarité réelle est tout autre chose, car la solidarité c'est d'abord lutter ensemble pour nos droits. Ce qu'il faut aux pauvres femmes des pays sous-développés, tout comme à celles d'ici, c'est une organisation qui les réunit avec des hommes pauvres dans la lutte pour le bien-être, ce qui est inévitablement une lutte contre ce système qui traite les êtres humains comme force de travail à consommer et qui opprime encore plus les femmes afin de diviser et d'affaiblir dans leur lutte les populations opprimées. La Journée internationale des Femmes a commencé comme journée où toutes les femmes luttaient pour améliorer leurs conditions de vie dans leur propre pays, mais ensemble. La seule organisation qui maintient cette tradition est le Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO), dont Militant est la section en Belgique. Il est évident que Militant ne reçoit pas les subsides que les organisations de femmes bourgeoises reçoivent pour tromper les femmes en disant que c'est de leur faute individuelle si elles «n'ont pas réussi» - il y a d'ailleurs des femmes qui ont réussi. Malgré le manque de moyens, le CIO a organisé du 5 au 7 février un week-end international pour femmes où quelque 50 femmes venant de sic pays différents ont discuté ensemble de la manière de faire progresse la lutte de la classe ouvrière en général et surtout celle des travailleuses ou sans emploi.

Un compte-rendu de Hannelore Lammens.

 

Crise économique - les femmes sont les plus touchées.

Éline, venue de Suède, a relaté les effets de la crise qui frappe le Sud-Est asiatique. Cette crise a déjà fait des milliers de victimes: le chômage et la pauvreté y ont crû de façon spectaculaire alors qu'in n'existe dans ces pays aucune sécurité sociale. De plus en plus de femmes sont contraintes de se prostituer et sont victimes du commerce des êtres humains. Pour survivre, des parents vendent leurs jeunes filles. Ils savent que ce sera pour leurs filles le seul moyen de survivre. Le même genre de choses se passent désormais en Russie. Il suffit de lire la rubrique Relations dans les journaux. Les femmes sont les premières et les plus fortement touchées par la crise. Les patrons les utilisent cyniquement comme réserve flexible de main-d'oeuvre. C'est pourquoi ce sont surtout les femmes qui subissent des conditions de travail instables, de manière à pouvoir les engager et les licencier à souhait.

Alors que les indices de crise mondiale s'accumulent, la presse bourgeoise continue de feindre que cette crise frappera aussi l'Europe. L'Allemagne et la France connaissent déjà un net ralentissement de la croissance, ce qui provoque une hausse du taux de chômage. En Europe, plusieurs secteurs connaissent des restructurations, ce qui entraîne une dégradation des conditions de travail, une dérégulation totale du marché du travail... Le rapport de la Banque nationale de Belgique pavoise parce que le gouvernement belge a annoncé de bons résultats budgétaires, mais il se tait sur le fait que la croissance des exportations - moteur de la croissance économique de ces dernières années - a chuté de plus de 50% en 1998. Une indice pourtant évident!

Comme la crise a également frappé le Brésil, les capitalistes font tout pour éviter qu'elle ne s'étende à toute l'Amérique latine, ce qu'ils n'arriveront pas à faire. Les États-Unis sont directement menacés. Les effets de la crise en Amérique latine vont transformer en crise la baisse de la croissance économique aux États-Unis. L'affaiblissement du dollar qui en résultera va renchérir les exportations des pays européens dotés d'un euro fort.

La crise est inévitable, bien qu'on puisse discuter sur le timing. Les organisations qui se disent représenter les travailleurs portent ici une responsabilité écrasante: il faut se préparer à lutter pour éviter que les travailleurs et leurs familles ne paient une fois de plus les pots cassés.

Les capitalistes feront tout pour faire supporter la crise par les femmes. Tous les préjugés arriérés seront remis à l'ordre du jour pour justifier le fait qu'on reprenne aux femmes toute possibilité d'indépendance sur base d'un niveau de vie décent. Mais les femmes ne se laisseront plus faire. Car elles jouent de plus en plus un rôle important dans les luttes: chez les lycéens en France, dans la défense des infrastructures locales en Suède, dans le Mouvement Blanc en Belgique... Elles passeront à l'action pour défendre leurs droits.

Des femmes venues de plusieurs pays s'organisent

* Russie

L'histoire de notre camarade russe Anna Chvedova, âgée de 19 ans, est éloquente. Depuis 1996 elle mène, avec son ami Alexeï, un travail politique à l'université de Voronej où ils sont tous deux étudiants. Elle a organisé des discussions sur le socialisme et après un an a recruté deux nouveaux camarades. Aujourd'hui, ils sont huit (six étudiants, un jeune chômeur et un militant syndical). Elle est la seule femme, ce qui montre qu'il n'est pas évident que les femmes s'organisent en Russie.

Elle a commencé un travail femme pour réunir les huit femmes que compte le CIO compte en Russie. Dans leur journal, est paru un article sur la lutte des femmes en Russie. Actuellement, elle diffuse un appel, adressé aux jeunes femmes, qui explique l'importance des femmes dans la lutte des classes, afin d'entamer la lutte pour les droits des femmes. En avril, se tiendra une conférence où la création d'un Bureau femme sera à l'ordre du jour.

 

* Suède

Caroline et Anna-Klara ont un autre récit. Elles ont mené dans les écoles de Stockholm, avec Elevkampanjen (la branche suédoise de Jeunes contre le Racisme en Europe), une véritable campagne contre le harcèlement sexuel sous le nom "Ne m'appelle pas pute!"

Dans les écoles, le climat contre les filles est devenu de plus en plus dur: 47% des jeunes femmes subissent des agressions verbales et sont victimes du harcèlement sexuel, la violence sexuelle à l'égard des femmes croît de façon inquiétante, une fille sur trois a peur de se promener seule le soir en rue.

Il faut chercher dans les récentes coupes budgétaires dans l'enseignement les raisons de cette ambiance pourrie. Les petites écoles fusionnent, on économise sur le personnel, l'infrastructure... ce qui mène à une situation où certaines écoles deviennent ingouvernables et où règne un régime de fer, sans aucun respect de l'individu. Les partis politiques essaient d'en faire un affaire de morale et invitent les femmes à être prudentes. A l'inverse, nos camarades appellent à la lutte pour les droits des femmes et contre toute forme de discrimination.

 

* Grande-Bretagne

Depuis des années notre organisation mène une lutte contre la violence au sein intrafamiliale, qui est le résultat d'une atmosphère pourrie créée par les patrons qui reportent sur la cellule familiale tout le fardeau que la société ne prend plus en charge.

Les idées sexistes à ce sujet sont monnaie courante et les femmes subissent toutes sortes d'abus sans qu'elles puissent bénéficier de la moindre protection.

La Campagne contre la Violence domestique (CADV) a réussi à persuader presque tous les syndicats de prendre position à ce sujet et à s'engager à lutter contre la violence à l'encontre des femmes qui divise et donc affaiblit considérablement la classe ouvrière. Après des années d'actions, cette campagne a obtenu que l'on tienne compte d'un contexte de brutalités subies lorsqu'une femme maltraitée tue son mari lors d' une situation de crise. Un certain nombre de femmes dans cette situation ont été libérées en appel, d'autres ont reçu une réduction de peine considérable. La CADV a attiré l'attention sur le fait que les condamnations pour acte de violence sont plus lourdes lorsque la condamnée est une femme.

La violence à l'encontre des femmes est toujours considérée comme "allant de soi". Grâce à des campagnes de masse la CADV a démolit cette idéologie sexiste en expliquant que le sexisme nuit aussi aux int& eacute;rêts des travailleurs masculins.

 

Les femmes ont besoin d'une autre société.

La situation des femmes dans les ex-états staliniens du bloc de l'Est a mené à ce que beaucoup de gens considèrent que le socialisme ne peut mettre fin à l'oppression des femmes. Bien que les services sociaux étaient plus développés dans ces pays et que la majorité des femmes travaillaient, l'oppression des femmes a subsisté.

Ces sociétés n'étaient cependant pas basées sur la démocratie ouvrière. Une immense bureaucratie jouissant de privilèges exorbitants a utilisé l'institution familiale pour soumettre les travailleurs et la jeunesse. Les mesures progressistes, introduites immédiatement après la révolution russe - par exemple: la divorce à la demande d'un seul des partenaires, un emploi pour tous, l'interdiction du travail de nuit pour les femmes et une forte limitation du travail de nuit pour les hommes, la légalisation de l'avortement, mais surtout la création de blanchisseries, de cuisines collectives, de crèches publiques... - ont été balayées par le stalinisme.

Pendant que le jeune État ouvrier faisait tout pour libérer les femmes de leur double tâche quotidienne et de toute forme de discrimination, la bureaucratie a mené une politique qui a remis les femmes sous le joug. Trotsky écrivait: «Tant que les femmes ne sont pas libérées, le socialisme dans le vrai sens du terme ne peut exister».

Le renversement des relations de propriété capitaliste crée les conditions pour mettre fin à l'oppression des femmes. Le socialisme démocratique implique que les travailleurs décident eux- mêmes de la façon dont les richesses qu'ils créent seront utilisées, afin qu'elles ne disparaissent pas dans les poches d'une couche de privilégiés. Mais tant que le profit restera le critère de décision, les femmes seront obligées de faire le ménage gratuitement. De même que le capitalisme ne peut exister sans le racisme, il ne peut pas exister sans l'oppression des femmes et sans le sexisme.

Dans la société socialiste, les sources de richesse seront mises en commun sur base d'une économie planifiée et elles seront disponibles pour toute la société. Ainsi une partie de ces richesses seront attribuées à des services qui se chargeront des tâches qui, dans la société capitaliste sont assumées par la famille, et surtout par les femmes.

Un revenu pour tous et pour toutes rendrait les femmes indépendante sur le plan financier. Elles ne seraient plus condamnées à vivre dans le dénuement lorsqu'elles décident de quitter leur partenaire.

Mais le socialisme représente plus qu'un système plus équitable et plus économique (autres relations économiques, élimination de la société de classe, engagement et collaboration démocratique). Les rapports sociaux pourront changer, abandonnant la hiérarchie et l'oppression ainsi que l'exploitation d'un groupe par un autre. Les hommes et les femmes pourront jouer un rôle positif dans la société et ainsi augmenter leur confiance en soi.

 

Pas de discrimination sexuelle!

Le samedi soir de cette rencontre, des camarades lesbiennes se sont réunies pour échanger des expériences. Molly, de Londres, a expliqué que le Parti travailliste n'a pas tenu la plupart des promesses faites aux homosexuelles. Des choses ont cependant changé. Par exemple la loi a fixé la majorité homosexuelle à partir de 16 ans comme c'est le cas pour les hétérosexuels. Mais la discrimination reste présente dans les ateliers, en ce qui concerne l'adoption, le droit de garder ses enfants...

Alexandra, de Berlin, a raconté les grands festivals gay comme à Cologne et Berlin. Mais aussi le fait que l'absence de lutte importante concernant la majorité sexuelle qui reste fixée à 18 ans pour les relations homo sexuelles.

La suédoise Caroline a parlé de l'absence total d'un tel mouvement en Suède. La seule manifestation de l'an dernier a été l'Europride qui avait attiré 15.000 participants. Le seul parti politique présent à cette manifestation était notre organisation, le Rätvisepartiet Socialisterna. Une lutte importante pour les homosexuel(e)s et bisexuel(le)s suédois(e)s est certainement la lutte contre les fascistes. Chaque année ces derniers tuent au moins trois homosexuelles ce qui mène naturellement à une atmosphère d'angoisse. C'est un devoir de mettre fin à cela.

Les problèmes rencontrés par le mouvement homosexuel semblent être pareils dans tous les pays. Les organisations existantes se perdent dans l'organisation de réunions conviviales sans vraiment mener une lutte. Néanmoins il y a beaucoup à faire comme la lutte contre le Vlaams Blok, pour un contrat de cohabitation,... et surtout pour mener une lutte contre les préjugés envers les homosexuelles. La lutte doit continuer pour créer une société meilleure où il fera bon vivre pour tout le monde, aussi bien pour les homos que les lesbiennes.

Ce week-end était une première discussion internationale. Ces contacts doivent être poursuivis.



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