Le mois de mars sera bien rempli pour les antifascistes: rassemblement contre REF le 13 mars à Liège (Église St-François de Salle), manifestations contre le NSV à Louvain le 11 mars au soir, rassemblement antifasciste à Bruxelles (Campus du Solbosch de l'ULB) le 24 mars après-midi. La campagne électorale qui approche va sans doute voir déferler un torrent de mensonges racistes de la part du Vlaams Blok, du FN, du FNB , de REF et compagnie. Il est donc important d'analyser ce qui se passe et de se préparer à riposter.
Examinons d'abord comment le Vlaams Blok - actuellement l'organisation fasciste qui pèse le plus - s'y prend. A Gand, le Vlaams Blok dit: «Vous êtes contre la hausse scandaleuse du prix des sacs poubelles? Le Blok aussi!». Il oublie d'ajouter qu'il ne fait strictement rien pour s'y opposer et qu'ils a voté pour la privatisation du service de propreté publique. A Anvers: «Vous êtes opposés aux travaux d'agrandissement de l'aéroport d'Anvers? Cela tombe bien, le Vlaams Blok aussi!» C'est du moins ce qu'il prétend aux riverains de l'aéroport, alors qu'il dit en même temps aux classes moyennes que l'agrandissement de l'aéroport est une nécessité. «Vous avez de la peine à joindre les deux bouts en fin de mois? Le Blok trouve que c'est scandaleux!»... mais il prétend que c'est à cause des immigrés qui se trouvent devant vous dans la file du CPAS. Cela permet de diviser les pauvres et de ne pas parler des milliards de bénéfices accumulés par les grandes sociétés. A Bruxelles, dans un dépliant toutes boîtes bilingue, le Vlaams Blok écrit en français: «La politisation dans "l'état PS" est néfaste, le Blok souhaite une régionalisation de la justice.» Mais dans la colonne d'à côté, il écrit en néerlandais: «En attendant l'indépendance de la Flandre, le Blok veut la scission de la justice.»
En fait, les «points de vue» du Blok ne sont qu'un ramassis de mensonges et de recettes démagogiques: s'apitoyer sur les «petites gens» tout en excitant si nécessaire la rancoeur et le sentiment d'impuissance. Diviser pour régner. Le véritable objectif des fascistes est de laisser aux patrons les mains libres pour pourchasser les syndiqués dans les entreprises, de remettre les femmes est au foyer, d'exclure les chômeurs du droit aux allocations, de dresser les jeunes au moyen d'une éducation ultra répressive. (Voir les propositions Mégret pour les jeunes dans l'article ci-contre).
Le Vlaams Blok et les autres partis fascistes défendent les nantis. Cela doit être dit. Évidemment, les partis traditionnels sont plutôt mal placés pour le dire car eux non plus ne défendent pas non plus les jeunes, ni les travailleurs, ni les allocataires sociaux et surtout pas les chômeuses visées en premier lieu par l'article 80.
Combattre les fascistes implique de prendre à bras le corps les vrais problèmes dans les quartiers. Les fascistes jouent à la fois sur l'inertie et sur la crainte d'une partie de la population confrontée à la déglingue sociale: peur de perdre son emploi, d'être exclu du chômage, de perdre son logement, de sortir seul le soir dans un quartier où les jeunes traînent dans la rue faute d'infrastructure sportive ou de loisir pour les accueillir. En organisant concrètement la lutte autour de ces thèmes, on peut marquer des points sur plusieurs tableaux. D'abord, transformer la résignation des victimes de la crise en volonté de lutte. Ensuite, marginaliser les fascistes qui dénoncent à grands cris les dysfonctionnements, désignent des boucs émissaires (la population d'origine immigrée) et ne font strictement rien pour lutter contre les véritables causes de la déglingue sociale: la compétitivité et la course au profit.
Les manifestations antifascistes dynamiques dans les quartiers où les fascistes organisent des activités publiques sont aussi un bon moyen pour les combattre. Cela permet de donner un cadre d'expression à la révolte des antiracistes, des travailleurs et des jeunes qui se sentent impuissants - parce que isolés - face aux fascistes. Ce n'est qu'en descendant résolument sur le terrain que l'on obligera les fascistes à retourner d'où il viennent: le caniveau.
Katia Hancké