Kosovo
Les bombardements ne régleront rien
Apres l'assassinat barbare de 40 citoyens albanais au village kosovar Racak, toute la région des Balkans est à nouveau menacée d'être mise à feu et à sang par la guerre. Il est maintenant évident que le pseudo "cessez le feu", imposé il y trois mois par les puissances occidentales n'a été qu'un répit que les deux parties mis à profit pour se renforcer en préparation d'un nouveau conflit. L'offensive brutale de l'armée serbe en août et septembre 1998 a fait 2.000 tués et a fait fuir plus de 300.000 personnes.
Les puissances occidentales envisagent d'intervenir dans le conflit. La machine de propagande destinée à nous faire croire que les bombardements de l'OTAN représentent "une intervention humanitaire" est déjà en marche. On tente de nous faire avaler que les bombardement de civils serbes (comme d'habitude, ce sont les civils qui trinquent) amèneraient les autorités de Belgrade à faire des concessions. Ne nous faisons pas d'illusion sur le caractère "humanitaire" de l'intervention. Les puissances occidentales n'ont pas levé le petit doigt pendant les mois, lorsque les troupes serbes attaquaient la population kosovar et essayaient d'écraser tout appel à l'indépendance.
Les motivations des grandes puissances ont d'autres raisons. Comme le conflit au Kosovo menace de s'étendre à l'ensemble des Balkans, l'impérialisme craint que ses propres intérêts stratégiques, politiques et économiques soient menacés. Il veut donc éviter l'élargissement du conflit tout en se trouvant dans une situation délicate. D'une part, il voudrait freiner le nationalisme serbe agressif de Milosevic, d'autre part il veut éviter de renforcer la situation de l'UCK (l'Armée de Libération du Kosovo). La pensée pan albanaise de l'UCK sape elle aussi les frontières de la région.
L'impérialisme tente donc d'affaiblir le régime serbe, de diviser l'UCK (gagner l'aile "modérée" par de vagues promesses) et garder le contrôle de la situation. Comment y arriver? C'est une autre paire de manches. Le bombardement de la Serbie pourrait très bien produire l'inverse se l'effet voulu: provoquer une réaction nationaliste au lieu d'affaiblir le régime. Pour affaiblir l'UCK il faudrait lui couper le ravitaillement venant de Albanie. Mais il faudrait pour cela une intervention terrestre des troupes de l'OTAN, ce qui signifie des pertes humaines importantes dans les rangs de l'OTAN. Comment vont réagir les populations occidentales quand les cercueils reviendront? C'est pourquoi cette option militaire ne sera envisagée qu'en dernier recours.
Militant soutient le droit démocratique à l'autodétermination des Kosovars et s'oppose à toute intervention militaire impérialiste. Nous n'avons aucune illusion en l'UCK qui ne propose rien d'autre qu'un programme pro capitaliste et nationaliste, y compris des actions de représailles sur les civils serbes. Mais les grandes puissances ne résolvent rien non plus: les civils des deux camps vont devoir à nouveau payer un prix élevé pour "l'accord" qui ne résout rien de fondamental. L'accord de Dayton imposé à la Bosnie en est la preuve. Seule un mouvement ouvrier indépendant pour unissant les travailleurs et luttant pour un Kosovo socialiste indépendant au sein d'une Fédération socialiste des Balkans, peut garantir une solution durable et pacifique.
Katia Hancké