La lutte électorale en Flandre 

 

Tous les partis veulent faire payer les travailleurs!

La campagne électorale a d'abord commencé en termes polis. Puis, sous l'impulsion de Tobback, cela a tourné à la prise de becs. Le président du VLD, Verhofstadt, a déjà mordu la poussière et son projet de coalition violette est déjà enterrée.

Le CVP ne le regrette pas. La situation du plus grand parti de Flandre est confortable: il peut décider avec qui gouverner. En Wallonie on est averti! Mettre le PSC hors jeu... sur papier c'est possible. Mais comme le CVP qui a le plus à dire en Belgique, il serait étonnant qu'il n'use pas de son rapport de forces pour imposer à Busquin son point de vue.

Les grand thèmes pour les élections sont entre-temps connus: la baisse des coûts salariaux, la sécurité sociale, la sécurité et à nouveau le carrousel communautaire (voire édito).

Les discours sur la Nouvelle Culture politique sont déjà rangés au placard. Rien n'a changé et les vieux rats sont remontés sur le pont.

 

Baisse des coûts salariaux

Le VLD propose de diminuer les charges sociales de 200 milliards. Il répète que cela ne coûtera rien à la sécurité sociale parce que la diminution des recettes sera compensée par les cotisations sociales et les impôts d'emplois supplémentaires et par la diminution du nombre de chômeurs. C'est une vaste blague, répond le SP: «Ce serait la fin de notre sécurité sociale». Jusque-là, on peut suivre Tobback.

Lors d'un débat télévisé, Vande Lanotte a proposé de faire examiner les propositions du VLD par quatre universitaires, deux désignés par le SP, deux par le VLD. On pouvait prévoir la réponse du VLD: d'accord à condition que ce «comité des sages» examine en même temps les effets de 11 années de gouvernement CVP/SP sur la sécurité sociale.

Et c'est justement là que le bât blesse. Il y a quatre ans Tobback chantait déjà le même refrain. A l'époque, il a réussi à diaboliser Verhofstadt et le VLD, à faire oublier les péripéties d'Agusta et à se présenter comme le grand défenseur du sécurité sociale. Il a même convaincu une série de progressistes de souscrire en toute naïveté un manifeste avec un titre ronflant «Le SP est primordial».

Faisons le bilan quatre ans plus tard. Willy Claes et d'autres ont été condamnés, mais surtout le SP a réussi - au-delà des souhaits de Verhofstadt - à appliquer le programme anti-sociale du VLD, morceau par morceau, il est vrai.

Après des années d'austérité et dans le vain espoir que les patrons utiliseraient la baisse des charges sociales pour créer de l'emploi, tous les partis représentés au parlement plaident pour le même scénario. Le VLD veut donner 200 milliards aux patrons. Le SP et le CVP ne veulent donner «que» 100 milliards. Aucun grand parti ne pense à inverser les rôles et faire payer les patrons pour redistribuer à tous ceux qui en ont vraiment besoin: les travailleurs et les allocataires sociaux.

 

Plus de technocratie, moins de démocratie

La proposition du SP pour faire calculer par des spécialistes le plan du VLD donne à réfléchir. Le CVP voudrait, selon le modèle des Pays-Bas, dès maintenant une «radiographie objective» de tous les programmes pour les élections. Le président de la Volksunie, Vankrunkelsven, est aussi gagné à cette proposition. Mais que signifie «objective»? Calculer ce que cela coûte? En d'autres mots: ce qui est bon marché est valable, ce qui est cher est mauvais. On ne peut pas imaginer meilleur prétexte pour laisser les pauvres à leur sort, suspendre les allocations de chômage, piller les caisses de pensions,...

La proposition de Vande Lanotte sent à plein nez la technocratie des cabinets d'affaires où les choix démocratiques sont balayés pour sauvegarder les profits des entreprises et le budget. Ce n'est pas un hasard.

Vande Lanotte a été pêché par la direction du SP dans le vivier du corps professoral universitaire. Pour pouvoir le faire élire, la direction du SP a dû suspendre toute la section local du SP d'Ostende (1.000 membres). Son expérience de la base s'est limitée à quelques groupes de discussion d'anarchistes de salon refaisant le monde autour d'un joint. Vande Lanotte est l'exemple type du technocrate.

Le SP va aujourd'hui plus loin. Récemment la section de Vilvorde a été suspendue et la direction locale écartée sans merci.

 

Un poste pour les copains

La politique actuelle ne tourne pas seulement - et même pas surtout autour de programmes. Au contraire, Verhofstadt peut se vanter que ce gouvernement ait appliqué son programme. Pour apaiser l'appétit de la base qui veut des postes de choix dans l'administration, on a besoin de plus que «d'avoir eu raison». Il est déjà clair que Verhofstadt pourra faire ses valises le soir des élections s'il condamne son parti une nouvelle fois à l'opposition.

Verhofstadt aura beaucoup de chances s'il s'en sort. Au CVP, on a pas oublié qu'il y a quelques années le VLD prendre la place du CVP et devenir le parti n° 1 de la bourgeoisie. Dès lors le CVP, aidé par le SP, a choisi de congeler le VLD dans l'opposition. Le soutien électoral du VLD a baissé et la cure d'opposition a provoqué des divisions et un nombre croissant d'erreurs tactiques.

La fédération PRL/FDF/MCC fait tout pour éviter ce scénario. Le président Michel a déjà annoncé qu'une participation gouvernementale du PRL était possible sans le VLD. Il a sorti le mas que du libéralisme social. Ce ne sera sans doute pas suffisant. Ce n'est pas pour rien que Dehaene a envoyé en mission l'ancien ministre des Finances Philippe Maystadt pour renflouer le PSC. D'autant lus que la fédération du PRL avec le FDF chauvin et le MCC dissident du Deprez, n'est pas un remplaçant fiable du PSC.

Le seul chose que le PRL peut espérer c'est que le prix exigés par Agalev et surtout par Écolo pour entrer au gouvernement soit trop élevé pour Dehaene. Car il est quasiment sûr que la coalition actuelle aura besoin de renfort. Les verts représentant la meilleure option, d'autant plus qu'il font maintenant partie du gouvernement en Italie, en Allemagne et en France. De plus, cela permettra aux partis actuellement au gouvernement de compromettre les verts.

Quelle que soit la coalition formée, il est clair qu'elle ne fera pas de cadeaux aux travailleurs et à leur famille. Tous les grand partis souscrivent à la politique d'austérité mise sur pied à l'échelle européenne. Ils acceptent tous le principe de la baisse des charges salariales, la flexibilité croissante, la dérégulation et les privatisations. Pour les marxistes la discussion sur les perspectives est une guide pour agir. Ceux qui ont des illusions sur la prochaine coalition sont avertis.

Éric Byl

 

Encadré

Dans notre prochain numéro: les partis en Wallonie et à Bruxelles.


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