Droit d'asile
Qui sont les profiteurs?
Une fois de plus, comme souvent d'ailleurs en politique, le coeur du problème est oublié. Les discussions sur le droit d'asile sont menées comme si les demandeurs d'asile étaient à l'origine du problème. Le ministre de l'Intérieur Van den Bossche (SP) affirme que la population réagit de manière égoïste en se préoccupant d'abord de son bien-être et qu'elle soutient ainsi les expulsions. Il veut par conséquent mener "un politique d'éloignement du territoire à la fois ferme et humaine", où "les illégaux seront par conséquent expulsés". Il a même pour cela mis sur pied une commission sous la direction du professeur Vermeersch, membre du SP.
Un certain nombre de réfugiés tentent de passer clandestinement en Grande-Bretagne dans la benne de camions. A la station service de Jabbeke, sur l'autoroute E40, ils grimpent dans la remorque ou s'agrippent à un essieu. Un paysan qui habite non loin de la station service a adressé une lettre au courrier des lecteurs de son quotidien: "On se demande d'où ils viennent et ce qu'ils viennent faire en Belgique ou en Angleterre. Ce n'est quand même pas par plaisir qu'on attend toute une nuit dans un champ de maïs avant de pouvoir s'agripper à un essieu de camion."
Les demandeurs d'asile sont-ils des profiteurs? Profiteur ce qui doit laisser derrière lui sa famille et ses amis pour venir passer la nuit dans le champ de maïs d'un bled perdu et risquer la mort en s'agrippant à un essieu de camion?
Lorsque les gosses marocains tentent de franchir la frontière espagnole, ils sont accueillis par la police à coups de gourdins. Certains sont même violés par des policiers espagnols. On pourrait citer de nombreux autres faits qui montrent que les candidats réfugiés ne viennent pas vraiment dans un "pays de cocagne", mais sont plutôt traités comme des animaux.
La barbarie avec laquelle la gendarmerie à assassiné Semira Adamu lors de son expulsion est révélatrice à ce sujet. Apparemment seuls quelques dictateurs et leur famille - comme Mobutu, par exemple - sont accueillis à bras ouverts par les autorités de notre pays.
Mais si les demandeurs d'asile ne sont pas des profiteurs, qui sont alors les profiteurs? Les habitants d'Europe occidentale faisant "preuve d'égoïsme par ce qu'ils ne veulent pas partager leur bien-être" (comme l' affirme Van den Bossche)? Bien évidemment non!
Van den Bossche devrait réfléchir avant de lancer de telles accusations. Que fait son parti pour la population? Augmenter les impôts, exclure les chômeurs du droit aux allocations, laisser fermer des usines telles que Renault ou Levi's, augmenter les taxes communales,...
Et qui en profite? Certainement pas nous! Certainement pas les demandeurs d'asile! Les patrons, par contre, n'ont pas trop à se plaindre de la façon dont le gouvernement dirige les affaires. Ils peuvent se permettre de baisser les charges sociales, d'engager des sous-statuts, de faire appel massivement aux agences d'intérims, d'étendre sans limite la flexibilité... pour faire plus de profit.
Accuser la population d'être "égoïste" ne manque pas d'air de la part de quelqu'un qui encaisse chaque mois un chèque de 300.000F pour être ministre. Le mouvement ouvrier a une longue tradition de solidarité et de soutien. Pensons par exemple aux premières caisses de secours entre les travailleurs au siècle passé ou encore à la sécurité sociale que le mouvement ouvrier a imposée après 1945.
Si Van den Bossche veut pointer un doigt accusateur, qu'il le fasse en direction des patrons qui se soucient peu de la misère de ce que l'on appelle le Tiers-Monde. Les peuples y sont écrasés par la dette et les plans d'ajustement du Fonds monétaire international et n'ont pas d'autre choix que de fuir la misère.
Dans plusieurs villes du pays les sans papiers continuent la lutte pour obtenir leur régularisation. Lisez nos informations à ce sujet en page 10.
Geert Cool
Il faut s'en prendre aux multinationales,
et pas aux demandeurs d'asile!