Sélection à l'université

Étaler les 1ères candis ou écraser les étudiants?

Les étudiants de 1ère candidature ont actuellement la faculté d'étaler leur année en 2 ans. Un certain nombre d'étudiants, mal préparés à l'université ou peu sûrs d'eux-mêmes, y ont recours. Cette faculté est cependant assortie d'une contrainte très dissuasive: l'année étalée est assimilée purement et simplement à un échec avec toutes ses conséquences négatives tant sur le plan financier (non-renouvellement de la bourse) que sur le plan du parcours ultérieur de l'étudiant (plus de droit à l'erreur).

C'est donc à juste titre que la délégation étudiante de l'ULB (BEA-Interfac) dénonce de nouvelles initiatives visant à limiter davantage encore cette possibilité.(1)

Les recteurs, regroupés dans le Conseil interuniversitaire francophone (CIUF), proposent un décret qui laisserait à l'appréciation des universités la possibilité pour un étudiant d'étaler sa 1ère candi en 2 ans. D'un droit, cette faculté deviendrait une faveur...

Mais il y a pire encore. Le ministre Ancion a déposé en novembre sur la table du CIUF un "avant-projet de décret visant à favoriser la lutte contre l'échec en première année d'études" qui assortit la faculté d'étaler sa 1ère candi en 2 ans de nouvelles conditions qui sont lourdes de menaces pour l'ensemble des étudiants. L'une d'entre elles est l'obligation pour l'étudiant d'avoir présenté un "test d'évaluation". Or il faut savoir que les étudiants de l'ULB avaient, en novembre 1997, contraint leur Recteur à retirer un projet de test sélectif et obligatoire qu'il entendait imposer à l'ensemble des étudiants de 1ère candi. A l'Université de Liège (ULG) également, les autorités universitaires avaient été contraintes de renoncer à un projet analogue. Le ministre essaye donc de ré introduire en douce une mesure que les recteurs n'avaient pu imposer.

L'autre condition consiste en l'obligation de réussir dès la première année "une formation complémentaire de mise à niveau de 150 heures minimum", sous peine d'exclusion de l'année étalée.

Dix mesures contre l'échec

Le BEA-interfac refuse que, sous prétexte de lutter contre l'échec à l'université, on fasse la chasse aux étudiants en difficulté pour en purger les unifs. Il n'en reste pas moins que le taux d'échec à l'université (60% en 1ère candi) est un réel problème. Le BEA-interfac a donc présenté en septembre, lors de la séance de rentrée académique de l'ULB, un plan de lutte contre l'échec en dix points(2):

1. Ouvrir l'université aux élèves du secondaire

2. Définir et publier les objectifs des enseignements

3. Généraliser l'organisation des cours propédeutiques d'été

4. Attribuer tout l'encadrement des candis aux candis

5. Assurer un minimum de 25% de travaux pratiques, avec un maximum de 1 enseignant pour 26 étudiants

6. Assurer une formation pédagogique obligatoire des enseignants

7. Revaloriser et systématiser les avis pédagogiques

8. Développer les interrogations dispensatoires pour en finir avec les sessions-marathon

9. Reporter les notes à 12 pour une durée indéterminée

10. Maintenir l'aide sociale après l'échec

Militant soutient sans réserve ce cahier de revendications autrement plus crédibles que les "remèdes" du charlatan Ancion!

Thierry Pierret

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(1) L'Assemblée Libre n° 9 de décembre 1998.

(2) L'Assemblée Libre n° 8 de novembre-décembre 1998.


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