Une circulaire hypocrite

La nouvelle circulaire du Ministre de l'Intérieur, Luc Van den Bossche, n'offre aucune réelle porte de sortie aux sans-papiers. Cette circulaire était censée clarifier la politique de régularisation du gouvernement après le traumatisme qui a résulté du meurtre de Semira Adamu.

Poudre aux yeux

La circulaire prévoit la régularisation des sans-papiers qui sont restés en procédure d'asile depuis 5 ans (4 ans pour les familles avec enfants scolarisés). Or la grande majorité des sans-papie rs, y compris ceux qui occupent les églises à Liège, Bruxelles, Anvers, Verviers, Charleroi et Mons, soit n'ont pas introduit de demande d'asile, soit ont été déboutés définitivement après 2 o u 3 ans de procédure.

Loin d'être un pas en avant, la circulaire vise en fait à diviser les sans-papiers entre les "régularisables" et les autres. Ceux-ci doivent se contenter de promesses: le Ministre promet d'examiner leurs dossiers ave c plus de souplesse et de les soumettre à une commission sur les régularisations dont les avis ne l'engagent nullement.

Elargir le mouvement

Les sans-papiers sont engagés dans un combat de longue haleine. Ils savent qu'ils doivent ménager leurs forces. C'est pourquoi les sans-papiers de l'église du Béguinage à Bruxelles qui observaient une grève de la faim depuis le 30 novembre ont provisoirement interrompu leur action. En revanche, des sans-papiers ont occupé deux nouvelles églises récemment, l'une à Charleroi, l'autre à Mons. De nouvelles occupations figurent d'ailleurs à l'agenda... Quelle que soit leur détermination cependant, ils ne pourront arracher d'avancées significatives qu'en gagnant à leur cause des franges plus larges de la population belge. La création depuis le 9 décembre d'un comité culturel de soutien aux sans-papiers est un pas important en direction de l'élargissement de la lutte. La comédienne Michèle-Anne De Mey, le Directeur de la Monnaie Bernard Foccroulle, Salvatore Adamo et beaucoup d'autres encore se sont engagés à promouvoir la cause des sans-papiers auprès de leur public et à offrir un soutien matériel et moral aux occupants des églises.

Manifester est un droit. Stop à la répression!

Non content d'avoir repris sa politique d'expulsions, qu'il avait interrompue pour atténuer l'onde choc qui avait suivi la mort de Semira, le gouvernement fait maintenant la chasse aux activistes identifiés lors des manife stations.

Un membre de Militant, actif dans le mouvement, témoigne anonymement:

"Sur base d'images vidéo prises par la gendarmerie lors de la manifestation nationale du 4 octobre à Vottem, 5 personnes ont déjà été traînées devant le juge d'instruction comme de vrais criminels. Ils ont été tirés de leur lit de grand matin et emmenés à Liège. Le hasard n'est pour rien dans ces poursuites tardives. Tant que le mouvement était à son apogée et qu'il pouvait déboucher sur un mouvement vraiment large, toute arrestation risquait de le radicaliser encore davantage. Maintenant qu'on a réussi à embourber la question du droit d'asile dans des discussions stériles au Parlement, on essaye de criminaliser les activistes."

"La fin de la manifestation qui a rassemblé 8.000 personnes à Vottem avait été émaillée d'incidents entre la gendarmerie et un certain nombre d'activistes. Ce qui s'est passé n'était rien d'autre que la manifestation spontanée d'un mécontentement croissant depuis la mort de Semira Adamu. Des milliers de personnes sont descendues dans la rue depuis sa mort, mais les interventions des différents politiciens ne laissaient entrevoir aucun changement de politique. La présence inutilement provocatrice des forces de l'ordre a été la goutte de trop. Qu'on approuve ou non, c'est très compréhensible et ça n'a rien de comparable avec la violence et la répression infligées aux demandeurs d'asile. Semira a été assassinée et personne n'a encore été poursuivi en justice pour cela! Je me sens un peu comme D'Orazio et les autres travailleurs de Clabecq qui sont maintenant traînés en justice pour avoir lutté pour l'emploi de tous."

"Les activistes sont accusés de rébellion armée avec concertation préalable. Cette inculpation est passible d'une peine minimale de 1 an de prison. Le but est d'intimider les activistes et de dissuader toute velléité de résistance. Le ministre Van den Bossche a assuré le Vlaams Blok au parlement que les activistes seraient lourdement réprimés. Comme il va devoir encore prendre nombre de mesures impopulaires, la répression contre nous signifie un avertissement à quiconque s'opposera demain à ses projets. Mais que Van den Bossche le sache, nous n'allons pas nous laisser faire!"


Le Militant
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