TEC

Avec les chauffeurs en lutte

Après la grève des chauffeurs du Hainaut, début octobre, Liège a connu plusieurs jours d'actions: assemblées quotidiennes de discussion avec arrêts de travail de deux heures, puis quatre jours de grève totale. Nous avons interrogé Marcel, un conducteur aux TEC de Liège.

Le Militant: - Quels sont les motifs de la grève?

Marcel: - Le ras-le-bol général qui dure depuis des mois s'est concentré sur trois points: le quart d'heure de prime pour les chauffeurs de bus articulés, le statut des nouveaux conducteurs et l'insécurité. On a beau réclamer, la direction refuse de bouger. Alors on est quasiment obligé de partir en grève pour se faire entendre.

On a surtout parlé de la prime pour la conduite des tri-bus (bus à deux articulations) que la direction voulait réduire. Mais la question du statut du personnel était plus importante. Aux TEC coexistent trois statuts. Les chauffeurs des anciennes STIL et SNCV ont conservé leur ancien statut et les avantages qu'il assurait, tandis que les jeunes chauffeurs engagés depuis la fusion (qui a donné naissance aux TEC) ont un nouveau statut beaucoup moins favorable: on peut leur imposer un changement de dépôt sans modification de salaire, les pressions sont beaucoup plus fortes en cas d'absences pour maladie... Nous voulons un rapprochement des statuts vers le haut et pas vers le bas, comme cherche à le faire la direction.

Question sécurité, on ne voit rien venir. Les cabines promises n'arrivent pas, on reste à la merci des agressions. Tous les jours, il y en a deux ou trois. Il y a celles dont on parle dans les journaux quand on se fait taper dessus, pour la recette ou sans raison. Mais en plus, il y a les injures et les menaces des automobilistes à cause de problèmes de circulation. Tout cela crée un stress permanent.

LM: - Que penses-tu de l'accord voté?

M: - Je ne suis pas satisfait de la façon dont la grève s'est terminée. Nous n'avons rien obtenu de sérieux. Pour la prime, on n'a rien. Pour l'harmonisation des statuts, c'est à peine mieux. C'est en grande partie à cause des dissensions entre dépôts. Si on avait tenu trois ou quatre jours de plus, je suis sûr que la direction aurait dû céder.

Quant aux promesses, on a les a déjà eues lors des grèves précédentes. Mais rien n'avance. Pourtant les TEC ont de l'argent. On a fait des transformations peu utiles dans les dépôts, on achète à 20 millions pièce deux bus à double articulation qui ne peuvent que rouler que sur une seule ligne tellement ils sont longs... Avec ces millions, il y aurait certainement moyen d'améliorer réellement la situation des conducteurs et des usagers.

LM: - Comment réagis-tu quand la direction parle "d'absentéisme exagéré des conducteurs"?

M: - C'est vrai qu'il y a en permanence 6 à 7% de conducteurs en arrêt maladie. Mais ce ne sont pas des simulateurs: la preuve, c'est qu'il y a un contrôle médical régulier et les gars ne sont pas remis au travail! En fait, on est tous soumis à un stress permanent et, pour beaucoup d'entre nous, huit heures de conduite dans les problèmes de circulation et la crainte d'une agression, ça devient dur à encaisser. Si la direction veut améliorer le service à la clientèle et disposer de plus de chauffeurs, elle doit engager du personnel et améliorer la sécurité au lieu de s'en prendre aux malades.

Propos recueillis par Jean Peltier

 

Encadré

La direction de la Société régionale wallonne des Transports, qui regroupe les divers TEC, veut imposer pour la nouvelle convention collective 1999-2000 de nouveaux critères de rentabilité et d'absentéisme. N'ayant pas obtenu l'accord des syndicats, elle a tenté de les court-cuiter en imposant un référendum obligatoire au personnel. La CGSP a réagi en appelant à une grève wallonne pour mercredi 4 novembre et les lundis suivants.

Le Militant
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