Italie
Tournant à gauche de Refondation communiste
Le gouvernement Prodi est tombé à la suite du vote d'une motion de défiance du parlement (313 voix contre 312), une conséquence directe du refus du Parti de la Refondation Communiste (PRC) et d'une partie de ses députés de continuer à soutenir la politique d'austérité du gouvernement.
Un gouvernement technocratique vient d'être mis en place sous la houlette de Massimo D'Alema, présenté par la presse bourgeoise comme un "ex-communiste". Le "ex" indique clairement les orientation du nouveau premier ministre. L'économie italienne est une des premières en Europe à souffrir de l'ouragan de la récession économique. La "solution" de D'Alema: les patrons n'endossent pas volontiers le coût de la crise, les travailleurs et les jeunes doivent donc être mis à contribution.
Cette politique est la continuation de celle de Prodi: austérité, rabotage des pensions, fermetures d'entreprises et privatisations. Conséquences: le niveau de vie a baissé au cours de ces dernières années alors que le chômage atteint 11% (chiffres officiels).
Le gouvernement de "centre-gauche" de Prodi avait pu mener sans problème sa politique d'austérité: les syndicats ne pipaient mot et se sont laissés entraîner par la bourgeoisie dans les récentes négociations sur la convention collective. Le PRC, seul parti de masse capable d'opposer avec force un "niet" au gouvernement, soutenait de l'extérieur la coalition gouvernementale et se laissait museler.
Lors de sa fondation au début de la décennie, le PRC s'est profilé comme une alternative anticapitaliste. La crise qui couvait au sein du Parti communiste italien après la chute du stalinisme a provoqué une scission. L'aile qui ne voulait pas renoncer à la lutte contre le capitalisme a rassemblé un large courant lors de la création du PRC. Celui-ci a joué un rôle important dans le mouvement de masse qui a entraîné la chute du gouvernement Berlusconi soutenu par les fascistes. En 1997, le PRC regroupait 130.000 membres.
Les élections qui ont suivi ont mis en lumière les divergences au sein du PRC. La droite réformiste voulait participer à la coalition sous prétexte de défendre les intérêts des travailleurs, la gauche révolutionnaire prévenait que le parti ne ferait que se brûler les doigts et n'obtiendrait rien dans le gouvernement. Les faits ont donné raison à la gauche.
Les réformes que la classe ouvrière peut arracher sous le capitalisme sont toujours temporaires. En période de croissance économique, la bourgeoisie peut faire des concessions sous la pression de la classe ouvrière, mais en période de crise économique les patrons tentent de reprendre ce qu'ils ont dû céder. Les attaques contre la sécurité sociale, les pensions, le niveau de vie, qui ont émaillé l'Europe ces dernières années s'inscrivent dans ce cadre.
Le PRC n'a pas encore fait de choix clair entre une "amélioration progressive à l'intérieur du système" (réformisme) et une "transformation radicale de tout le système" (révolution). Parmi ceux qui deviennent politiquement conscients, nombreux sont ceux qui se tournent d'abord vers le réformisme. La pratique montre toutefois que cette stratégie est vaine. Une conclusion s'impose alors: le système est pourri jusqu'à la moelle et seule la révolution changera quelque chose.
Ce processus de conscientisation est à l'oeuvre au sein du PRC. La majorité des membres, qui soutenaient initialement la participation gouvernementale, ont vu entre-temps ce qu'elle avait apporté: rien. Le refus du PRC de continuer à partager la responsabilité de la politique gouvernementale reflète cette radicalisation.
Cette décision a entraîné une rupture au sein du PRC. Les députés du PRC qui ont continué à soutenir Prodi malgré la décision en sens inverse de la direction du PRC ont créé un nouveau parti, le Parti des communistes italiens (PCI). Le PCI, qui siège désormais dans le gouvernement D'Alema, compte dans ses rangs 60% des ex-parlementaires du PRC, mais n'a pu entraîner dans la scission que moins de 10% des affiliés du PRC. Immédiatement après la rupture avec le gouvernement, les militants du PRC ont pu faire descendre dans les rues de Rome plus de 200.000 personnes afin de soutenir la décision de leur parti.
Le PRC a coupé les ponts avec la bourgeoisie et se trouve désormais en meilleure situation pour lutter contre les nouvelles attaques que les patrons ne manqueront pas de lancer.
Katia Hancké