Crise: la bourgeoisie est sans réponse
Si vous étiez l'entraîneur d'un club de foot complètement démoralisé, que feriez-vous? Vous réuniriez vos joueurs en tentant de les remotiver. Bien sûr, ce ne serait pas une certitude de gagner le prochain match, mais une chose est sûre: si vous ne faites rien la débâcle est assurée.
Les commentaires de presse sur la crise économique relèvent de la même méthode. Le ton général est: "Tout va très bien madame la Marquise." La crise "ne toucherait que le Sud -Est asiatique". Il suffirait de "quelques petites corrections" pour que cela aille mieux. La crise "ne deviendrait alarmante que si le Japon, la Chine et ensuite les États"Unis sont touchés ". La moindre hausse boursière suscite l'optimiste exagéré. Toute baisse provoque la panique. Le mouvement de yo yo des bourses est un indice du krach qui s'annonce.
L'hebdomadaire Knack vient de consacrer un cahier entier à "Votre argent". De Morgen lance un supplément économique. En bref, les médias sont mobilisés pour rassurer l'opinion publique et enrayer la panique. Il suffit de lire les titres: "Les bourses européennes retrouvent leurs marques" (L'Écho) ou encore "Le scénario catastrophe n'est pas le plus probable"(Georges Jacobs, président d'UCB, dans L'Écho). Combien de signaux la Banque fédérale américaine (Fed) n'a-t-elle pas envoyé pour faire savoir "qu'elle était prête à intervenir rapidement si la crise financière affectait l'économie réelle"? Ce bourrage de crânes vise à rassurer les investisseurs car un retrait précipité de leurs avoirs provoquerait un déficit de crédits qui paralyserait l'économie.
D'où vient ce déficit de crédits? La presse prétend que cela dépend de la politique monétaire des diverses banques nationales, en premier lieu de la Fed. Le taux d'escompte, c'est-à-dire le taux d'intérêt sur l'argent prêté aux banques par la banque nationale, doit rapidement baisser, entend-t-on. Un gouvernement peut évidemment peser sur la vie économique à travers sa politique monétaire. Mais à l'origine de déficit de crédits ne provient pas du taux d'escompte, mais de la baisse du taux de profit dans l'économie réelle (le profit réalisé par rapport au capital investi).
Étant donné le faible taux de profit, les détenteurs de capitaux sont plutôt portés à spéculer qu'à investir dans l'économie réelle. Les entreprises pratiquent aujourd'hui l'art de ramasser de l'argent par des transactions boursières. Malgré les turbulences boursières, les entreprises belges ont ainsi récolté 84 milliards de profit en bourse en 1998. Si les investisseurs retirent brusquement leurs avoirs, les entreprises se trouveront dans de beaux draps.
Le gouvernement peut combattre les symptômes - le déficit de crédits en insufflant des capitaux dans l'économie, mais il ne peut éradiquer la maladie: la baisse du taux de profit. Le gouvernement japonais vient de dépenser des milliards pour tenter d'échapper à la crise. La nationalisation de la Long Term Credit Bank (LTCB) est la première nationalisation au Japon depuis la guerre. En outre, des bons d'achat d'une valeu r de 7.500F par personne ont été lancés afin de tenter de relancer la consommation.
Aux États-Unis et en Europe, on évoque une baisse du taux d'escompte afin de relancer l'activité économique et même l'idée d'une rente négative, inférieure au taux d'inflation. On ne combat pas la crise de cette manière, on ne fait que la retarder.
Quelle que soient les mesure prises, il n'existe qu'une seule voie dans le cadre de l'économie capitaliste: la résignation. La question est évidemment qui en paiera le prix? Les capitalistes restructurent à tout de bras: Renault, Levi's, Novoboch, Boël. Le gouvernement vient d'annoncer que sa marge budgétaire était réduite par le ralentissement de la croissance et qu'il ne pouvait envisager une revalorisation des allocation s sociales les plus basses. Et les travailleurs?