Droit d'asile

Les Sans-papiers entrent en lutte

Depuis la deuxième quinzaine d'octobre, plusieurs dizaines de sans-papiers occupent une église à Liège, Bruxelles et Anvers. Dès le départ, ils annonçaient ne pas vouloir "faire l a révolution ni obtenir la démission d'un ministre", mais "tout simplement obtenir des papiers" car certains vivent en Belgique depuis des années dans la précarité la plus grande vis-à-vis du propriétaire, de l'employeur, des soins de santé. Tout pose problème, même la scolarisation des enfants. Nous avons rencontré Isabelle Tumba qui occupe l'église du Béguinage à Bruxelles.

LM: - Quand a commencé l'occupation à Bruxelles?

Isabelle Tumba: - Depuis lundi 26 octobre, nous occupons cette église avec l'autorisation du curé. Nous avons à ce jour reçu beaucoup de visites de soutien de la part d'habitants, de paroissiens ou de sympathisants. Les seules personnalités qui se soient manifestées sont les parlementaires Écolo, le président du CPAS de Bruxelles (PS) qui nous fournit un repas chaud par jour, le secrétaire du cardinal et le pré sident du Centre pour l'Égalité des chances. Les autorités compétentes (Office des Étrangers) n'ont pas réagi à ce jour.

LM: - Comment est organisée l'occupation? Quels sont les principaux problèmes quotidiens à résoudre?

Isabelle Tumba: - Nous tenons une assemblée chaque jour en début de soirée afin de faire le point de la situation et d'organiser le lendemain. Chaque conclusion importante de l'assemblée est consign&ea cute;e par écrit. Beaucoup de sympathisants et de voisins nous apportent de la nourriture. Il manque cependant des choses spécifiques, par exemple pour les enfants, car le plus gens est âgé d'un mois.

Il y a des nationalités très diverses (Congolais, Angolais, Congolais de Brazza, Roumains, Algériens, Marocains, Togolais, Russes) ce qui exige une certaine adaptation aux habitudes de vie en commun.

LM: - Si rien ne bouge du côté des autorités, qu'est-ce que vous envisagez?

Isabelle Tumba: - Il est trop pour répondre avec précision. Nous avons une coordination avec les occupants de Liège et d'Anvers. Il faut d'abord en discuter entre nous. Mais il est clair que nous examinerons toutes les possibilités pour aller de l'avant.

Le point de vue de Militant

La mort brutale de la jeune Nigériane Sémira Adamu, étouffée par deux gendarmes dans l'avion qui devait l'expédier en Afrique, a provoqué une onde de choc dans l'opinion.

Des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour crier leur révolte devant ce meurtre. Le ministre de l'Intérieur a démissionné mais la politique du gouvernement en matière de droit d'asi le n'a pas changé d'un iota. Les partis francophones du gouvernement ont demandé une "humanisation" de la loi Vande Lanotte. Ils ont même demandé que certains sans-papiers résidant en Belgique depuis quelques année s soient régularisés, mais ils ont vite remis en poche leurs propositions pour ne pas mettre en danger le gouvernement. Seul Écolo a demandé la suppression des centres fermés et le retrait de la loi Vande Lanotte.

Le Collectif contre les Expulsions revendique la fermeture des camps, le retrait de la loi Vande Lanotte et des papiers pour tous. Militant soutient ces revendications du Collectif: il faut offrir l'asile à tous ceux qui en o nt besoin car ils fuient la guerre, la misère ou l'oppression. Mais c'est insuffisant.

Le capitalisme est une système incapable de donner des papiers à tout le monde car son objectif n'est pas de s'occuper de la misère du monde. Pour le capitalisme, seul compte le profit quel qu'en soit le prix hu main à payer: pillage du Tiers-Monde, soutien aux dictatures sanglantes, guerres inter ethniques, chauvinisme, racisme. Lutter d'une manière conséquente pour le droit d'asile, c'est aussi lutter contre le capitalisme. Obtenir des papi ers pour un réfugié, c'est bien, mais encore faut-il lui fournir un emploi, ce que le capitalisme est incapable d'offrir à tous ceux qui vivent en Belgique actuellement.

Ceux qui se mobilisent pour le droit d'asile ne peuvent se contenter de rester entre gens convaincus. Quand Dehaene déclare: "Nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde", il ne s'adresse pas au gens du Collect if pour les convaincre. Il tente d'exciter la haine d'une partie de la population qui ne voit pas d'un bon oeil les demandeurs d'asile soupçonnés d'être des concurrents pour les allocataires sociaux. Il faut donc pouvoir s'adresser &ag rave; tous ceux qui regardent les demandeurs d'asile avec appréhension.

Il faut leur dire que les réfugiés ne quittent pas de gaieté de coeur leurs amis, leur famille pour aller vers un pays où ils ne seront certainement pas accueilli les bras ouverts par la population. Il fa ut leur dire que, le système dans lequel nous vivons attise les divisions ethniques et le racisme. Mais cela encore cela ne suffit pas. Car 100 discours ne convaincront pas ceux qui vivent ici dans la pauvreté.

La montée du racisme en Europe et la croissance électorale de l'extrême-droite sont une conséquence de la crise capitaliste. En attisant la haine à l'égard de l'étranger, l'extrê me-droite tente de rassurer ceux qui vivent dans la précarité tout en détournant l'attention à l'égard du véritable responsable: le capitalisme et ses lois économiques. Il est vain de vouloir éradiqu er le racisme si l'on ne s'attaque pas aux causes qui le provoquent: chômage massif, coupes dans les budgets sociaux, etc.

Il faut surtout agir: soutenir les travailleurs qui s'opposent aux licenciements, les locataires menacés d'expulsion, les chômeurs qui luttent pour vivre dignement, les étudiants qui manifestent pour le droit &ag rave; l'enseignement. Il faut unir les luttes, ici et là-bas.

Car en Afrique, en Asie et dans l'ancien bloc de l'Est il y a beaucoup à faire: des potentats locaux sont soutenus par les multinationales et le Fonds monétaire international, des mafiosi s'accaparent les richesses &ag rave; l'Est et affament les populations.

Pour mener un tel combat, il faut s'organiser à l'échelle internationale contre le capitalisme. C'est pour cela que Militant participe à la construction d'un tel mouvement à travers le Comité pour une Internationale ouvrière.

Témoignage

"L'Office des Etrangers se moque de notre sort"

Nous avons rencontré Idriss lors d'une manifestation de réfugiés djiboutiens devant l'ambassade de Djibouti à Uccle. La manifestation était organisée par le FRUD, un parti d'opposition a u régime du président Gouled. Ils étaient venus dénoncer la répression qui sévit dans leur pays. Interview.

LM: - Que se passe-t-il à Djibouti?

- Djibouti connaît depuis son indépendance en 1977 un régime dictatorial à base ethnique qui ne s'est doté d'une constitution qu'en 1992. C'est un régime ethnique car l'écrasante major ité des dirigeants sont issus de l'ethnie Issa. La population Afar subit une politique de répression et de spoliation sans pitié: il y a 80.000 réfugiés à l'intérieur du pays, 20.000 en Ethiopie et 5.000 en Somalie, soit 20% de la population! Les militaires ont confisqué leurs biens, détruit leurs troupeaux et pâturages.

Gouled et sa clique contrôlent toute l'économie que leurs prédations ont ruinée. Les fonctionnaires et les pensionnés ne sont plus payés depuis des mois. Il n'y a aucune couverture sociale. L e régime est soutenu à bout de bras par la France qui assure 70% des revenus du pays parce qu'elle y possède sa plus grande base militaire hors métropole. La situation est devenue tellement désastreuse que le clivage Afa rs/Issas est désormais dépassé: toute la société est contre le régime.

LM: - Quelle est la situation des Djiboutiens en Belgique?

- Les réfugiés djiboutiens ne sont qu'une quinzaine en Belgique. Leur gros problème, c'est que l'Office des Etrangers ignore tout de Djibouti. J'ai moi-même rencontré une fonctionnaire qui croyait q ue Djibouti était une marque vestimentaire italienne! Mon audition a duré deux heures mais ils ne m'ont pas réellement écouté. Ce qui m'était arrivé là-bas leur importait peu. La seule chose qui les intéressait, c'était mon parcours depuis que j'avais quitté Djibouti, le jour où je suis entré en Belgique. Ils me harcelaient sans cesse afin de trouver des contradictions dans mon récit. Ils se moquent ép erdument du contexte politique et social de Djibouti; ils nous somment de prouver que nous sommes menacés personnellement, ce qui est impossible.

Le Militant
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