Silence... on tue!
Parce qu'elle ne répondait pas aux critères de la loi Vande Lanotte pour obtenir le droit d'asile, Sémira Adamu est morte à 20 ans dans un avion de la Sabena, étouffée par un gendarme tortionnaire.
Ce gendarme avait déjà été sanctionné par sa hiérarchie pour avoir, il y a quelques mois dans une cellule de l'aéroport, roué de coups de pieds un débouté du droit d'asile ligoté. La hiérarchie avait alerté le parquet qui avait classé l'affaire. Après une mise en "non-activité" pour un mois, le tortionnaire avait pu reprendre son service à l'aéroport. Un peu comme dans l'affaire Dutroux: affaire classée sans suite par le parquet, sanction légère, puis retour de l'assassin à la case départ.
Et pourtant depuis des mois le Collectif contre les Expulsions dénonçait les conditions dégradantes d'enfermement dans les centres fermés et les méthodes inhumaines de déportation. Mais les responsables faisaient semblant de ne pas entendre.
Les deux principaux responsables sont membres du SP. Schewebach, directeur de l'Office des Étrangers, applique une politique sans trop se poser de question. Sous la France de Vichy, il aurait fait un excellent Papon.
Il est difficile de prétendre que Tobback "ne savait pas". En tant que flic n
E1, Tobback était l'homme le mieux renseigné de ce pays. Il a poursuivi la politique de son acolyte Vande Lanotte. Les quelques lignes extraites d'un livre récent en disent long sur le mépris de Tobback pour les demandeurs d'asile: "Les réfugiés abusent de la procédure d'asile. Ils se ruent ici comme des mouettes sur une décharge, parce qu'il est plus facile de vivre ici que de pêcher chez eux."(1) Oui, vous avez bien lu, il s'agit bien d'une citation de Tobback et pas d'un dirigeant du Vlaams Blok.Il est effectivement "plus facile" de vivre ici. Surtout si on est ministre de l'Intérieur plutôt que chômeur. Et surtout si on vit dans un pays qui a pillé pendant des décennies le Congo, son cuivre , son cobalt, son manganèse, son or et ses diamants. C'est sans doute pour remercier les Congolais d'avoir pu piller leur pays que la Belgique les expulse aujourd'hui à tour de bras.
Un profond sentiment de colère, de chagrin et de "honte d'être belge" étreint une partie de la population, comme après la Marche Blanche. Le gouvernement manoeuvre pour gagner du temps: démission ou non de Tobback, suspension provisoire des déportations. Mais il ne s'en sortira comme ça car beaucoup ne sont plus prêts à se faire piéger comme il y a deux ans.
Pour mettre un terme à cette politique inhumaine, il arrêter définitif les expulsions, fermer les camps de détention et démettre les responsables directs de cette politique. Il faudra ensuite abroger la loi Vande Lanotte et régulariser les sans papiers. La Belgique est un des rares pays à ne pas encore l'avoir fait.
Face à la liberté de circulation des capitaux - la liberté de licencier, de fermer les entreprises ou de les délocaliser - nous avons un devoir de solidarité internationale envers tous les travailleurs, y compris l'accueil solidaire de tous ceux qui en ont besoin. Ensemble, nous pourrons combattre le capitalisme, ses dictatures et sa misère qui poussent les êtres humains à s'exiler.
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"Zwart op Wit" (Noir sur Blanc), un livre de Louis Tobback. Cité par Le Soir du 26/9/98.