Serge Pervushkine et Boris Popovkine sont deux dirigeants du Mouvement indépendant des Mineurs de la mine de Centralnaya à Vorkouta. Cela fait déjà 3 mois qu'ils campent devant la Maison blanche à Moscou. Interview.

Où en est votre action de protestation?

"Nous sommes en train de nous préparer pour l'automne: nous avons reçu des masses de vêtements chauds et hier on nous a donné un petit convecteur. Le Syndicat des Ouvriers de l'Énergie nous a promis une grande tente de l'armée.

"Il y a progrès substantiel. Dans plus de la moitié des régions de Russie, des protestations commencent à se développer sous une forme ou sous une autre: manifestations, blocages de rue et des chemins de fer, grèves de la faim ..."

Que pensez vous de la crise financière actuelle?

"Nos actions sont pour une part à l'origine de la crise. Le monde financier a d'autant moins confiance dans le système que nos protestations sont fortes. Ils essayent naturellement de rejeter la faute sur nous. Mais cette crise a des racines profondes: elle a commencé en 1993-94 et est à son point culminant. Nous sommes ici justement pour en finir avec ces crises."

Vos protestations ont commencé par les revendications "Eltsine doit partir" et "nationalisation des mines". Ces revendications ont-elles changé?

"Nous les avons élargies: tout le gouvernement doit démissionner et il faut nationaliser toute l'industrie et les banques. Il faut chasser les dirigeants actuels.

"Ici ce sont des sociaux-démocrates et des communistes, voire des partisans de Jirinovski et des fascistes. Mais nous sommes tous d'accord que la population - ceux qui travaillent et produisent les richesses - devraient avoir le pouvoir."

Comment réagissez-vous aux partis qui viennent vous aider?

"Il n'y en a pas beaucoup. Surtout des communistes, pas les dirigeants mais des gens de la base. Ils apportent de la nourriture et des vêtements. Mais nous n'allons pas adhérer chez eux: les communistes de Ziouganov sont les plus passifs. Chaque jour il y a différents groupes qui viennent ici, discutent un peu entre eux et repartent. Ca ne les intéresse pas de discuter avec nous pour expliquer leurs idées et écouter les nôtres."

Comment élargir les protestations ?

"Nous devons expliquer ce qui se passe maintenant et qui est coupable de cela afin de nous réunir et de chasser ce gouvernement d'une façon civilisée. Mais les gens ont encore peur. Ils n'ont pas de noyau autour duq uel ils peuvent mobiliser. Les syndicats seuls ne suffisent pas. Nous avons besoin d'un nouveau parti ouvrier ou quelque chose comme ça pour commencer à faire bouger les choses. Nous devons élaborer le programme d'un tel parti."

Vous avez tous les deux adhéré au CIO. Pourquoi pensez-vous que c'est nécessaire?

"Les travailleurs ont les mêmes intérêts partout dans le monde. Des salaires décents, une sécurité sociale et - peut être le plus important - le besoin d'unifier l'ensemble des travailleurs de toutes les nationalités, confessions et professions. Pour la Russie ce serait naturellement très bien si nous pouvions mettre sur pied une organisation qui aide les travailleurs des autres pays et qui peut être aidée par eux, qui puisse organiser une lutte unifiée et qui défende nos intérêts communs."

Quelles sont les dernières nouvelles de Vorkouta?

"Pas très bonnes. Hier au téléphone on nous a dit que la ville n'en avait plus que pour quatre mois de nourriture, et l'hiver est à nos portes. Trois mines sont en grève. Ce serait très bien si les travailleurs des autre pays envoyaient leur soutien.

"L'adresse est la suivante : Républic of Komi, Vorkuta, Ul. Lenina, d62, kab 608 NPG."

Le Militant
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