Un emploi, c'est un droit!
32 HEURES
sans perte de salaire
Parce qu'ils se sont battus jusqu'au bout pour défendre l'emploi et maintenir une sidérurgie à Clabecq, des centaines de travailleurs des Forges se retrouvent aujourd'hui exclus de leur entreprise. Aucun militant syndical actif dans la lutte n'a été réembauché, et ceci avec la bénédiction des responsables syndicaux nationaux.
De plus, plusieurs militants FGTB des Forges ont été exclus de leur syndicat. Le prétexte invoqué est connu: des incidents à l'entrée d'un congrès syndical. Mais derrière ce prétexte, il y a le véritable motif. En réalité, les délégués de Clabecq ont été de fait exclus dès que les dirigeants syndicaux nationaux ont accepté que Duferco ne réengage aucun militant syndical. Une fois exclus de l'entreprise, les délégués de Clabecq perdaient tous leurs mandats y compris dans les instances syndicales. Les dirigeants syndicaux nationaux faisaient ainsi d'une pierre deux coups pour se débarrasser de gêneurs.
Le véritable motif de l'exclusion de ceux de Clabecq n'est pas une bousculade à l'entrée d'un congrès, mais le fait qu'ils aient mené la bataille pour l'emploi jusqu'au bout. Pour cette lutte magnifique, ils méritent l'estime de tous les travailleurs. Ceux de Clabecq ont refusé le train-train habituel des directions syndicales: mener quelques actions symboliques et puis négocier un plan social accompagnant les pertes d'emploi. Les plans "sociaux" soulagent le sort des prépensionnés, mais participent au démantèlement de l'emploi. Ils sont un emplâtre sur une jambe de bois et n'offrent aucun espoir aux jeunes qui piétinent dans les files de chômage.
La seule voie pour donner un véritable emploi avec un vrai salaire à chacun est la diminution immédiate et généralisée du temps de travail à 32 heures semaines. Avec embauche compensatoire, sans perte de salaire et sans baisse des charges sociales.
Aujourd'hui, beaucoup de charlatans nous servent cette diminution du temps de travail à toutes les sauces. La CSC et les Écolos sont pour un "partage" du temps de travail avec perte de salaire. Les Écolos sont d'accord de maintenir le plein salaire... s'il est bas; la CSC wallonne est pour le partage collectif tandis que la CSC nationale est pour le partage à la carte. A Liège, les métallos FGTB ont défendu le principe de la diminution du temps de travail sans perte de salaire avec baisse de charges sociales. Donc en réalité avec baisse de salaire, car les charges sociales c'est du salaire indirect qui permet de verser, via la sécurité sociale, des indemnités à ceux qui ne peuvent pas ou plus travailler parce qu'ils sont trop vieux, malades ou parce que les employeurs n'offrent pas de travail.
Certains pensent régler la question au moyen d'une loi sur les 35 heures. Une loi possède l'avantage de généraliser la mesure. Mais aujourd'hui, 35 heures c'est insuffisant pour donner un emploi à chacun. De plus l'exemple de la France montre qu'une loi-cadre peut être sabotée dans ses modalités d'application. La condition indispensable pour arracher tout de suite les 32 heures c'est d'organiser la mobilisation des travailleurs, y compris pour le contrôle des modalités d'application. Les patrons et leurs avocats hurleront en invoquant "l'impossibilité de réaliser" ces revendications. Les travailleurs devront alors exiger l'ouverture des livres de compte et la levée du secret bancaire de manière à pouvoir dévoiler les escroqueries des banques et des groupes financiers. La "possibilité" ou "l'impossibilité" de donner un emploi à chacun avec un salaire complet - tout comme la journée des 8 heures au début de ce siècle - est une question de rapport de forces qui ne peut être résolue que par la lutte.
Francine Dekoninck