Troisième ministre de l'Intérieur...

Le siège de ministre de l'Intérieur est-il éjectable? Vande Lanotte avait dû démissionner après la cavale de Dutroux. Tobback vient de connaître le même sort après le meurtre de Sémira Adamu. Le remplaçant de Tobback s'appelle Van den Bossche. Il était jusque là vice-premier ministre dans le gouvernement régional flamand et ministre de l'Éducation et de la Fonction publique pour la Flandre. Malgré son air balourd et sa réputation de coureur de jupons, il est connu pour être un forçat du travail et il a à plus d'une reprise prouvé qu'il était capable d'appliquer les mesures d'austérité dans son département. Les enseignants, les étudiants et les lycéens de Flandre en ont fait l'expérience.

Ce jeu de chaises musicales ne va rien changer de fondamental, bien que le gouvernement sorte affaibli de cette nouvelle crise. Ce n'est pas sans raison que Dehaene ait supplié Tobback de revenir sur sa démission. A nouveau, le gouvernement est replâtré. L'actuelle coalition CVP-PS-SP-PSC reste la meilleure formule de gouvernement pour que la bourgeoisie impose sa politique.

La démission "volontaire" de Tobback "parce que la gendarmerie lui aurait menti" est une manoeuvre grossière. Les ministres SP auraient-ils assimilé la "nouvelle culture politique" et prendraient-ils désormais "leurs responsabilités"? Pas en tout cas la responsabilité de proposer une autre politique, mais plutôt celle de sauver électoralement la peau de leur parti aux prochaines élections. Tobback a trouv&eacut e; que le prix était un peu trop élevé: la direction du SP veut bien faire le sale boulot mais pas au prix d'une défaite électorale en juin prochain. La presse en Flandre a présenté Tobback comme la victime d'une machination "de l'hypocrisie des partis francophones". En un tour de passe passe, l'assassin est transformé en victime.

Instigateur d'une politique musclée - au propre comme au figuré - de restriction du droit d'asile, Tobback ne veut pas la changer d'un iota. Il jouit du soutien du CVP sur ce point. Le PS demande un "assouplissement" de la législation, mais ils marche sur des oeufs car ils ne veut pas mettre en danger le gouvernement et surtout pas provoquer des élections anticipées qui lui seraient défavorables en plein procès Agusta. Le PSC propose de nouveaux critères et va tenter de récupérer une partie de ses électeurs qui ont viré vers Écolo.

Jusqu'à présent, Écolo est le seul parti à avoir soutenu les actions du Collectif contre les Expulsions et à demander une révision de la loi Vande Lanotte contre laquelle il avait d'ailleurs voté. Les expulsions sont suspendues, mais le CVP et le SP ne veulent rien modifier à cette loi avant les élections.

Enfin, aucun parti ne dit clairement que la politique d'asile actuelle - comme celle en matière de justice, d'emploi, d'enseignement - fait le jeu de la bourgeoisie. Elle renforce les mesures policières, permet l'existence d'un volant de main d'oeuvre clandestine sous-payée et divise les travailleurs. Aucun parti n'explique qu'une politique d'asile plus humaine n'est pas un menace pour les allocataires sociaux. En présentant la loi Vande Lanotte co mme un rempart contre une "invasion" de candidats réfugiés, les politiciens bourgeois détournent l'attention des travailleurs et des allocataires sociaux de leur véritable ennemi: la bourgeoisie qui bloque les salaires, réduit les remboursements des soins de santé et supprime les indemnités de dizaines de milliers de chômeurs.

Le Militant
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