Grève des conducteurs SNCB

L'action directe paie

Une grève spontanée des conducteurs a paralysé en grande partie le réseau wallon de la SNCB du 7 au 11 août. Une minorité de conducteurs a arrêté le travail à Gand le 8 août. Charleroi a été le noyau dur de la grève. Nous avons rencontré Arthur Mercier - porte-parole des conducteurs de Charleroi - à l'issue de l'assemblée qui a décidé la reprise du travail.

- Le Militant: Le travail reprend après cinq jours de grève. Les médias prétendent qu'il s'agissait d'une grève pour rien. Avez-vous obtenu quelque chose?

- Arthur Mercier: Oui. Un envoyé de la direction a annoncé qu'il n'y aurait aucune perte de salaire. Le nouveau système de primes sera revu. Il sera possible de négocier une indemnité de conduite qui sera un apport salarial supplémentaire.

- LM: Allez-vous négocier directement avec la direction?

- A.M.: Par l'intermédiaire des syndicats officiels CGSP et CCSP. Il n'y a pas moyen de faire autrement à la SNCB. Nous tiendrons à Namur une assemblée des conducteurs des dépôts francophones. Ce qui sortira de cette assemblée sera débattu avec les syndicats officiels qui serviront de relais entre les gens du terrain et la direction.

- LM: Beaucoup de conducteurs grévistes sont syndiqués. Comment expliquer que les syndicats officiels ne soutiennent pas le mouvement?

- A.M.: La CGSP et CCSP ont approuvé le nouveau système de primes sans l'avoir étudié en profondeur et sans consulter les conducteurs. Lors de la mise en application, les problèmes sont apparus, un peu comme avec le nouveau plan IC-IR.

- LM: Dans le passé, un certain de nombre de conducteurs se sont retrouvés dans l'association Loco. Aujourd'hui, envisagez-vous de relancer Loco ou de travailler dans les organisations syndicales officielles?

- A.M.: Après ce qui s'est passé, les syndicats officiels vont devoir revoir un peu leur manière de faire et prouver qu'ils sont prêts à défendre les gens du terrain. Si dans quelques mois, on se rend compte que ce n'est pas le cas, nous reposerons peut-être reposer la question d'un syndicat de conducteurs.

- LM: Pensez-vous que les tensions avec les syndicats officiels ont un point commun avec ce qui s'est passé aux Forges de Clabecq ou récemment chez Belgacom?

- A.M.: Ici, la situation est différente. Il y a eu rupture avec les organisations syndicales, mais en coulisse la direction de la SNCB souhaitait établir le dialogue avec les grévistes. La direction a un peu forcé la main aux syndicats pour qu'ils mettent un peu de bonne volonté et permettent de sortir du conflit.

Propos recueillis par Guy Van Sinoy

Le point de vue de Militant

Militant soutient pleinement la grève menée par les conducteurs de la SNCB. Les meilleures méthodes de lutte pour les travailleurs restent l'action directe et la démocratie à la base. Ce sont les seules façons de créer un rapport de forces permettant d'arracher des acquis lors des négociations. Sans rapport de forces, la négociation autour du tapis vert n'apporte rien.

Le fossé se creuse entre la base et les directions syndicales qui n'aient pas vu venir ce mouvement. Ce fossé se creuse dans beaucoup de centrales car certains dirigeants syndicaux (SNCB, Belgacom, Métallurgie) sont plus soucieux de faire plaisir à leurs amis politiques au gouvernement qu'à répondre aux revendications de leur propre base. Il faut mettre un terme aux pratiques antidémocratiques de l'appareil syndical et remplacer les carriéristes cyniques par des militants dévoués sortis du rang. Sans quoi, le discrédit qui frappe aujourd'hui les partis politiques traditionnels frappera demain les syndicats. Pour sauver l'organisation syndicale, il faut éjecter les bureaucrates corrompus.

Militant pense que tous les travailleurs, quelle que soit leur profession, doivent se retrouver dans un seul syndicat. Le danger d'une association comme Loco, c'est le repli corporatiste. D'autre part, les journaux en Flandre ont profité du fait que la grève était forte en Wallonie pour réclamer une scission de la SNCB. Une telle démagogie chauvine semble absurde, mais son plus grand danger est de voir les travailleurs wallons et flamands s'affronter. C'est pourquoi il faut renforcer l'unité de tous les travailleurs: de tous les métiers et de toutes les régions.


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