Lors de l'effondrement économique en Asie du Sud-Est, notre Comité pour une Internationale ouvrière a avancé la perspective d'une crise économique mondiale. De leur côté, les économistes bourgeois réunis se seraient esclaffés si cette idée avait effleuré l'un d'entre-eux. Les événements semblaient leur donner raison. En regagnant précipitamment leurs pénates les capitaux ont gavé temporairement les bourses européennes et américaines. Mais aujourd'hui, on ne rit plus.
Après que les bourses aient encaissé, début août, un premier coup violent à travers le monde, l'optimisme a persisté. *Oui, la "crise asiatique" - et surtout au Japon et en Chine - ont des effets sur l'économie mondiale et la crainte d'une nouvelle valse de dévaluations dans la région met le dollar sous pression. Oui, il y a de graves indications d'un "ralentissement" de la croissance aux USA et les bénéfices des entreprises accusent le coup. Oui, il y a un problème avec la balance des paiements américaine qui subit la pression des importations asiatiques bon marché. Mais ce n'est pas si grave et il n'y a pas de problèmes en Europe grâce à la "forte croissance économique"+ (les prévisions pour 1998 oscillent entre 2 et 3% pour les pays européens).
Ce raisonnement oublie que la *forte croissance+ européenne est basée sur l'exportation, et l'Europe se trouve en position favorable grâce à la force du dollar. Plus la monnaie d'un pays est faible, plus ses exportations sont meilleur marché et meilleure est sa position concurrentielle. Le dollar est de plus en plus sous pression et dès que la crise s'étendra aux USA - ce dont plus aucun économiste bourgeois sérieux ne doute -, Clinton devra des mesures pour renforcer la position concurrentielle de son pays, "exportant" ainsi la crise.
En outre, il ressort du second coup qui a frappé les bourses fin août, après la dévaluation de fait du rouble, qu'il ne faudra pas attendre les USA pour sentir les effets de la crise galopante en Europe. L'indice boursier allemand (Dax) a chuté de 5,4%. Les banques allemandes ont réuni un conseil de crise: leurs créances en Russie se chiffrent à quelque 1.100 milliards de FB.
L'Espagne a aussi reçu des coups: l'Ibex 38 a baissé de 5,8%. Ce pays a beaucoup d'intérêts en Amérique Latine et ce recul est principalement dû à la crainte d'assister à une série de dévaluations dans cette région. L'indice Dow Jones américain s'est aussi trouvé en difficulté, avec une baisse de 3%. Rien d'étonnant: après la crise dans le Sud-Est asiatique où bon nombre d'entreprises américaines ont laissé des plumes, les États-Unis connaissent maintenant des problèmes dans leur arrière-cour.
Nous ne pensons pas que "crise" veut dire "révolution". Mais des changements brusques de conditions de vie entraînent aussi des changements brusques dans la conscience. En Indonésie, la crise a débouché sur le renversement de Suharto, un des plus anciens dictateurs de la planète. En Russie, tout le monde s'attend à un automne chaud qui pourrait bien emporter Eltsine.
Après des années de croissance sans emploi durant laquelle de plus en plus de gens ont été exclus de la société, il est peu probable que la classe ouvrière européenne tende l'autre joue. Elle n'a pu profiter de la croissance, elle ne va pas maintenant payer la note de la crise.