Jeudi 12 juin, 21 heures. Christelle, ouvrière chez VW doit quitter son poste de travail et se rendre à l'infirmerie en raison de violents maux de tête, de vomissements et de pertes d'équilibre. L'infirmier lui administre un médicament et la fait allonger sur le lit de l'infirmerie. Un quart d'heure, plus tard, l'infirmier fait son rapport au Dr Goret, médecin du travail qui vient d'arriver. Le médecin ne daigne pas faire quelques mètres pour examiner l'état de Christelle et s'installe à son bureau à côté de l'infirmerie.
Laurent, le mari de Christelle, travaille aussi chez VW. On lui fait savoir que son épouse est souffrante pour qu'il la ramène au domicile dans son propre véhicule. Le médecin n'a toujours pas examiné la victime et a sans doute lu dans le marc de café qu'une ambulance n'est pas nécessaire. Le couple habite dans la région de Mons, à environ 80 km de l'usine de Forest. En cours de route, Christelle sombre dans un coma profond. Elle souffre d'une rupture d'anévrisme et à l'heure où nous écrivons ces lignes, elle est toujours dans le coma à l'hôpital Érasme.
Ce n'est pas la première fois que chez VW on traite avec mépris la vie des travailleurs. En mai 1993, Simon Paridans, un ouvrier du garnissage dont la santé avait été profondément ébranlée à la suite d'un accident de la route avait dû affronter les pressions de la hiérarchie pour venir travailler malgré son état de santé. Désespéré, il s'était suicidé.
Immédiatement les délégués syndicaux au CSH ont déclaré ne plus faire confiance à ce médecin et ont exigé sa suspension pendant la durée d'une enquête. La direction de VW et le médecin ont d'abord manoeuvré pour gagner du temps. Puis le médecin a déclaré lors d'une réunion extraordinaire du CSH: "J'ai bien dormi. J'ai même très bien dormi car j'estime que je n'ai pas commis de faute professionnelle!"
Quand les travailleurs ont vu la tournure des événements, ils sont partis en grève le mercredi 24 juin vers 11 heures en exigeant l'écartement définitif du médecin concerné. L'équipe de l'après-midi a suivi le mouvement ainsi que celle de nuit (sauf les stagiaires et les contrats à durée déterminée). Le jeudi 25, la CSC et la CGSLB avaient tourné casaque et incitaient leurs affiliés à reprendre le travail. Une partie importante des ouvriers a cependant continué la grève (toute la pause du matin et la pause de l'après-midi jusque 17h).
Le médecin est actuellement absent pour quelques semaines et l'affaire risque de traîner en longueur. La direction envisage d'adresser plus d'une centaine de lettres d'avertissement à des travailleurs ayant activement participé à la grève. Avec la bénédiction de la CSC? (voir encadré)
Guy Van Sinoy
CSC/Métal
A nouveau des listes noires?
En 1997, André Delory, secrétaire national de la CSC/Métal avait transmis à Duferco une liste noire de militants syndicaux des Forges de Clabecq à ne réembaucher en aucun cas. L'affaire avait fait grand bruit au sein de la CSC et certaines centrales et régionales avaient vivement protesté contre ce comportement de délateur. La méthode Delory devient-elle une habitude à la CSC/Métal?
A VW, lors de la réunion de conciliation au ministère de l'Emploi en vue de lever les lettres d'avertissement contre les grévistes, la CSC est restée bouche cousue. Seule la FGTB a mené le combat. Et lorsque la direction de VW s'apprêtait à faire machine arrière, Gaston Celen (secrétaire régional de la CSC-Métal) a déclaré à la direction, en faisant référence à l'Évangile: "< B>Voici plus de trois ans que vous avez promis de rétablir un bon climat social dans l'entreprise. Nous constatons une fois de plus que vous ne prenez pas vos responsabilités..." En clair: qu'attendez-vous pour licencier la centaine de militants les plus combatifs! Une liste noire d'une bonne centaine de travailleurs combatifs à éliminer existerait, dont 90% de militants ou de délégués FGTB. Dans quelle mesure la CSC-métal de Bruxelles a-t-elle collaboré à confectionner cette liste?
Médecine du travail
Comment lutter contre l'arbitraire?
Plusieurs actions peuvent être entreprises simultanément.
- Le CSH est compétent pour entamer une procédure d'écartement du médecin du travail. La procédure est cependant longue. Lorsque les circonstance sont graves (comme chez VW, actuellement), la meilleure riposte des travailleurs c'est l'action directe en exigeant l'écartement définitif du médecin. Dans les années 70, les ouvriers de la FN de Herstal avaient cessé le travail et avaient littéralement détruit le local du service médical de l'usine après que celui-ci avait prématurément remis au travail une ouvrière qui en était morte.
- Si le médecin est un employé de la firme (c'est le cas c'est VW), la délégation peut adresser un recommandé à la direction l'informant des manquements graves et demandant le licenciement pour faute grave du médecin dans les 3 jours, sans préavis ni indemnité.
- Il est possible de porter plainte en justice pour non assistance à personne en danger et entamer ainsi une procédure pénale à l'encontre du médecin concerné (et du chef d'entreprise s'il est complice) qui risque(nt) une condamnation inscrite au casier judiciaire ainsi que le versement de dommages et intérêts. Il est préférable dans ce cas de se constituer partie civile, ce qui entraîne l'intervention d'un juge d'instruction.