Universités
Le parlement de la Communauté Française s'apprête à voter le décret Ancion qui réforme le mode de financement des universités. A en croire le ministre PSC de l'enseignement supérieur, son décret apporterait un ballon d'oxygène aux universités après des années de restrictions linéaires: 600 millions de plus en 5 ans (hors indexation) qui proviendront essentiellement d'un financement préférentiel des étudiants de 1ère candi "de première génération" (ceux qui s'inscrivent pour la première fois).
Le lien entre le financement et le nombre d'étudiants, déjà mis à mal, à coups de coefficients réducteurs, sera cette fois totalement rompu. Ancion y voit une garantie pour les universités: "Le décret va stabiliser l'enveloppe même si le nombre d'étudiants diminue"(1). Et s'il augmente? Eh bien, il n'augmentera pas car on va fermer portes et fenêtres! En effet, le vote du décret sera suivi d'un grand pow-pow entre le ministre et les recteurs destiné à mettre au point un "test d'aptitude" obligatoire en 1ère candidature. S'ils ne seront pas considérés comme doubleurs, les étudiants qui rateront ce test devront étaler leur 1ère candi en deux ans.
Ancion a beau jeu de présenter ce test comme un moyen de lutter contre l'échec en 1ère candi, mais il reconnaît lui-même que les universités ne seront pas obligées de consacrer leur petit viatique à la lutte contre l'échec. Il y a fort à parier qu'elles vont au contraire tout faire pour attirer les étudiants de "1ère candi de première génération" surfinancés et pour éliminer les étudiants en situation d'échec privés de tout ou partie de leur financement. Ce test aura en outre un terrible effet dissuasif sur les étudiants qui seront nombreux à jeter le gant. Voilà ce qu'Ancion entendait lorsqu'il disait que le "libre accès aux études devrait être examiné à la lumière des capacités de chacun à réussir la formation qu'il veut entreprendre"(2). Bref, si un étudiant échoue , c'est qu'il n'est pas capable...
Les recteurs et le ministre avaient déjà tenté d'imposer un test
standard aux universités en octobre de l'année passée, mais ils avaient dû reculer provisoirement devant la résistance opposée par les étudiants. Pour neutraliser la contestation étudiante, "nos" éminences vont s'y prendre autrement cette fois. Seules les grandes lignes du test seront désormais définies en commun, chaque recteur étant libre d'en déterminer les modalités dans son université. Ils espèrent isoler les étudiants de chaque unif face à leur recteur et morceler ainsi la résistance étudiante. Mais Ancion joue avec le feu, car beaucoup d'étudiants ne sont pas dupes.
Rendez-vous à la rentrée...
Thierry Pierret
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(1) Le Soir du 04/06/1998
(2) Le Soir du 04/06/1998