Mouvement pour le Renouveau syndical
La journée du 7 juin à Charleroi a été un succès: près de 350 personnes, dont des dizaines de militants et de délégués syndicaux, se sont déplacées à l'appel du Mouvement de Renouveau Syndical (MRS). A Charleroi, on a pu revivre l'histoire de la lutte des travailleurs des Forges de Clabecq grâce à un documentaire vidéo émouvant. Mais ce qui a fait - et fait toujours - la force de l'ancienne délégation de Clabecq, c'est qu'elle a toujours inscrit sa lutte dans le cadre plus général de la lutte des classes en Belgique. En apportant sa solidarité concrète aux enseignants, aux étudiants, aux travailleurs de Caterpillar, au mouvement antiraciste, la délégation de Clabecq a fait de la lutte des Forges un levier pour la lutte des classes. Elle est devenue un pôle d'attraction pour tous ceux qui, confrontés aux capitulations des directions syndicales, voulaient continuer à lutter. Cette volonté de briser les carcans qui isolent les luttes des travailleurs leur a permis de rassembler le 2 février 1997 70.000 personnes à Tubize pour l'emploi malgré le boycott des appareils FGTB et CSC.
Après la reprise des Forges dans des conditions scandaleuses, des dizaines de délégués et d'anciens travailleurs de l'entreprise sont régulièrement convoqués à la gendarmerie pour répondre des actions qui ont émaillé leur lutte. L'ancienne délégation des Forges a donc mis sur pied une ASBL de défense des travailleurs qui a pour but de prendre en charge les frais de justice des travailleurs poursuivis pour avoir défendu leur croûte. Des milliers de travailleurs s'y sont déjà inscrits via un ordre permanent par lequel ils versent, selon leurs moyens, 100, 200, 500 ou 1.000F par mois. L'ASBL est obligée de pallier aux défaillances des organisations syndicales auxquelles il incombe normalement de prendre cela en charge. Le 7 juin, Roberto D'Orazio a fait un appel pour qu'un maximum de personnes s'inscrivent à l'ASBL car l'argent est aussi le nerf de la guerre des classes(*).
Des comités régionaux ont été constitués pour la marche multicolore du 25 octobre: à Charleroi, Liège, Mons, La Louvière et Bruxelles. D'autres sont en voie de constitution en Flandre. A Bruxelles, le comité a prévu une action de mobilisation chaque semaine jusqu'au 25 octobre (gares, entreprises...) ainsi qu'une grande réunion publique le samedi 19 septembre à 14h.
C'est pour lutter contre toutes les formes d'exclusion sociale, contre toutes les formes d'exploitation, que le MRS appelle à manifester le 25 octobre à Charleroi.
Thierry Pierret
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(*) Pour l'ASBL, écrire à Roberto D'Orazio, 140 rue du Parc, 1480 Tubize.
A encadrer
La manifestation du 11 septembre
La FGTB et la CSC manifesteront en front commun à Bruxelles le 11/9 contre "les injustices les plus criantes"(1). Cela fait un peu penser à la manifestation contre les "fermetures illégales" après l'affaire Renault/Vilvorde. Faut-il se résigner à accepter les fermetures si elles sont "légales" et les injustices si elles ne sont pas "les plus criantes"?
Ce n'est pas une querelle de mots. La FGTB et la CSC veulent une revalorisation des allocations de chômage les plus basses. Fort bien. Un exemple: alors que le minimex versé par le CPAS à un isolé dans le besoin est de 20 .916F par mois (ce qui est de toute façon insuffisant pour vivre), l'allocation de chômage d'un jeune de moins de 21 ans sorti de l'école (après son stage d'attente) et vivant seul est de 13.390F!
La FGTB et la CSC veulent également la suppression de l'article 80 qui permet de supprimer les allocations de chômage à ceux qui restent chômeurs parce que la société n'a pas d'emplois pour eux(2). Fort bien également. Idem pour la revalorisation du statut VIPO (veuf, invalide, pensionné, orphelin) et un rattrapage pour les petites pensions.
Mais où reste la revendication de la création d'emplois par la diminution du temps de travail sans perte de salaire et avec embauche compensatoire? Les directions syndicales sont-elles devenues amnésiques ou bien donnent-elles la priorité au respect des critères de Maastricht plutôt qu'à l'emploi?
Tout le monde aura remarqué que FGTB et CSC ont décidé de manifester le 11 septembre après que le MRS ait lancé l'appel pour la Marche contre les exclusions du 25/10. Malgré la plate-forme insuffisante de la manifestation syndicale du 11/9, Militant appelle ses sympathisants et ses lecteurs à y participer... et à y convaincre le plus de manifestants possibles de participer également à la Marche du 25 octobre du MRS.
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(1) Voir l'édito de Michel Nollet dans Syndicats du 8 mai 1998.
(2) Selon les femmes CSC, 172.000 travailleurs ont été exclus du chômage en 10 ans sur base de l'article 80 (La Libre Belgique, 5/6/98, p.4)