Football
Le sport spectacle est à nouveau à l'honneur cette année. Tant pis pour ceux que ça n'excite pas. Mais on peut être passionné de football et se poser quand même quelques questions sur le déroulement du Mundial.
Il aura brassé quelque 10.000 milliards de FB. Le gagnant empochera 180 millions de FB. Les chaînes TV auront déboursé 80 milliards pour les droits de retransmission. Lors de la finale, chaque demi minute de publicité pendant la mi-temps est facturée 10 millions de FB par TF1. C'est d'abord le Mundial de la finance dont les noms sont bien connus: McDonalds, Opel, Nike, Mastercard, Adidas, Budweiser, Konica... et bien sûr Coca-Cola.
Mais il n'y a pas que les multinationales qui soient dans le coup. Un exemple. La SNCF - un des sponsors - a demandé de ne jamais faire jouer une même équipe dans la même ville de manière non seulement à véhiculer d'un coin à l'autre de l'hexagone non seulement les équipes et leur entourage, les sponsors, la meute de journalistes, mais aussi les supporters.
Trop d'argent dans le foot? Ce n'est pas un problème pour Joao Havelange, l'ancien président de la Fédération internationale de Football (FIFA) qui estime que "le football est une entreprise comme une autre, et l'argent que nous encaissons sert à promouvoir le football dans le monde entier." Reste que la FIFA est tout sauf une organisation philanthropique. Pendant que les joueurs occidentaux touchent des salaires et des primes plantureuses, les 22 sélectionnés de l'équipe du Cameroun ont dû payer pour pouvoir participer à la compétition...
Le foot est aussi l'occasion pour de nombreux pays de raviver les sentiments nationalistes et chauvins au sein de la population avec la participation massive et enthousiaste des médias. En Belgique, le sentiment national en général relativement tiède s'enflamme lorsque les Diables rouges vont affronter d'autres pays.
Les grandes compétitions sportives sont également l'occasion d'occulter toute une série de problèmes politiques et sociaux, voire de les régler en douce au détriment de la population concernée... Le gigantesque déploiement policier sensé "protéger" le bon déroulement de la compétition a également permis aux forces de l'ordre de s'entraîner à certaines opérations musclées dans les banlieues.
Le ballon rond est aussi utilisé par des dictatures sanguinaires pour améliorer leur image de marque. L'équipe du Nigéria, par exemple, suscite l'admiration de nombreux commentateurs sans qu'on ne mentionne les centaines de prisonniers politiques qui croupissent dans les geôles du Nigéria et subissent la torture. En 1978, le fait que le Mundial se soit déroulé en Argentine a servi à redorer le blason de la dictature militaire du général Videla responsable de dizaines de milliers de crimes: opposants enlevés et torturés à mort - parfois sous les yeux de leurs enfants - puis jetés en mer à partir d'hélicoptères,...
Le football est devenu un allié du capitalisme: une usine à fric et à trafic d'influence. Si le Mundial 98 est un succès, c'est grâce au travail des joueurs, à l'organisation des équipes et à la ferveur des supporters. Les patrons eux, mesureront le succès à l'argent qui rentre dans les caisses, pas à la qualité du jeu ni au nombre de buts inscrits. Là aussi il y a une lutte à mener pour que le sport re devienne démocratique y compris dans ses structures et son fonctionnement.
Pierre Stone