Belgacom/Liège

La CGSP nationale exclut deux délégués!

Il n'y a pas qu'à Clabecq et à Renault que les appareils syndicaux attaquent et excluent les militants et délégués combatifs. Le bureau national de la CGSP secteur Télécom a décidé le 2 6 juin d'exclure du syndicat Guy Lemaire et Jean-Louis Claessens, président et vice-président de la régionale liégeoise de la CGSP-Télécom! Nous avons rencontré Guy Lemaire, président exclu, et Olivier Paulus, secrétaire de la régionale.

 

Olivier: - Pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui dans le syndicat, il faut comprendre ce qui se passe dans l'entreprise. Avec le plan de restructuration PTS, la direction a entrepris de liquider 6.300 emplois et de réorganiser complètement la société. Ce sont les travailleurs qui en paient le prix.

La direction impose une mobilité de plus en plus grande. Les agents sont devenus des pions que l'on déplace: on n'hésite pas à envoyer des gens travailler à 100 km de leur domicile. Le travail du personnel est géré par ordinateur et les rapports humains disparaissent. Même les pauses pipi sont étudiées par ordinateur et codifiées par écrit!

Les travailleurs ont dû emmagasiner une masse de connaissances nouvelles - sans aucune amélioration salariale, alors que les bénéfices de l'entreprise explosent - tandis que l'organisation du travail est chamboulée sans aucun respecter les travailleurs: certains employés, après 20 ans de carrière, se retrouvent au nettoyage des bureaux.

 

Guy: - Avec les milliers de suppression d'emploi et les redistributions de tâches, il y a trop peu d'agents pour faire correctement le travail. Du coup, les cadences augmentent, on rogne sur les congés; sous la pression, les gens acceptent les heures supplémentaires. C'est aussi l'ère des petits chefs, qui infantilisent les travailleurs en faisant miroiter des promotions ou des sanctions. Des clans se forment dans les bureaux, les dépressions se multiplient, il y a eu plusieurs suicides...

Le pire, c'est que cette dégradation continue de nos conditions de travail est acceptée par nos permanents syndicaux, au nom de la sauvegarde de l'emploi. C'est un argument qui ne tient pas. Si on mettait des enfants dans les tranchées sous prétexte qu'il peuvent s'y déplacer plus facilement que des adultes, on pourrait même créer de l'emploi! Mais est-ce cela que nous voulons comme avenir? Nous, nous ne sommes pas des casseurs de société, mais nous voulons que les gens retrouvent leur dignité au travail.

 

Olivier: - Début mars, il y a eu des mouvements dans plusieurs régions. Sous cette pression de la base, une grève nationale a été organisée le 12 mars. Les directions syndicales ont alors remis une liste de plusieurs dizaines de questions à la direction de Belgacom. Depuis lors, il y a eu un ballet de questions et de réponses, mais rien n'a changé. A Liège, les travailleurs en ont eu marre, tant des conditions de travail que l 'attitude de la direction de Belgacom. Le 20 mai, une assemblée générale de nos affiliés a décidé, par un vote unanime, d'arrêter le travail pour la journée. La direction nationale de la CGSP-Télécom nous a accusé d'avoir poussé les affiliés à la grève alors que selon le règlement intérieur de la CGSP il ne pouvait pas y avoir de grève pendant la période négociation avec la direction, donc jusqu'au 11 juin.

 

Guy: La vraie raison de notre exclusion, c'est qu'à Liège nous pratiquons la démocratie directe et l'action directe, et cela, nos dirigeants nationaux ne le supportent pas. Ailleurs, la souffrance et le mécontentement sont les mêmes parmi le personnel, mais beaucoup de responsables ne font pas d'assemblées générales et prennent leurs décisions sans consulter la base.

Aujourd'hui plus encore qu'avant, deux conceptions s'affrontent. Celle d'un syndicalisme de collaboration avec le patronat au nom de l'intérêt de l'entreprise, et celle d'un syndicalisme de combat. Nos nationaux ne se situent plus sur le terrain de la négociation où ils se font chaque fois avoir par des gens plus forts parce que mieux formés et rôdés à toutes les manoeuvres. Nous, par contre, nous pensons que le seul moyen de gagner, c'est d'informer et de mobiliser les travailleurs. Le syndicat est là pour défendre le bien-être des gens, pas pour gérer Belgacom avec Goossens!

 

Qu'allez-vous faire maintenant?

Guy: Je suis persuadé qu'il y a eu une demande précise de Belgacom auprès de la direction syndicale pour qu'ils virent les trublions liégeois. Et ils n'ont pas hésité à le faire. Mais nous n'avons pas l'intention de nous laisser faire. Nous allons réagir. Dans l'entreprise, le comité syndical liégeois a marqué sa solidarité totale avec les deux exclus. Nous avons l'appui de la CGSP intersectorielle liégeoise et d'une majorité de l'intersectorielle wallonne. Nous allons lancer une campagne de sensibilisation à Liège et continuer le combat.

 

Manifestez votre solidarité avec Guy Lemaire, Jean-Louis Claessens et la délégation de Belgacom-Liège. Faites voter par votre section syndicale des motions contre ces exclusions. Envoyez vos messages de sympathies à Belgacom (local CGSP), rue d'Harscamp, 4000 Liège.

 

 

Le Militant
Hosted by www.Geocities.ws

1