Vottem
Centre fermé... et occupé
Vendredi 8 mai, 22 "citoyens indignés, conscients et responsables" ont occupé le centre fermé en construction à Vottem (Liège) pour dénoncer ce campa de détention où l'État s'apprête, comme il le fait dans d'autres villes, à emprisonner les étrangers en situation "illégale" avant de les expulser. Nous avons discuté de cette action avec Dominique, un des participants.
Pourquoi cette occupation?
- Nous avons mené cette action dans le prolongement de la manifestation de Vottem le 1er mars qui avait réuni 3.000 personnes. Nous ne voulions pas que le silence retombe. Nous avons alors décidé d'organiser une action symbolique plus spectaculaire en occupant le centre fermé. Nous sommes entrés à quatre heures du matin et nous y sommes restés douze heures durant jusqu'à ce que la gendarmerie nous expulse.
A quoi ressemble ce centre fermé vu de l'intérieur?
- Tout au long de cette journée, nous avons vraiment ressenti que ces centres fermés sont bien des prisons. Pour y entrer, il faut d'abord passer par une enceinte de deux grillages de 6 mètres de haut. A l'intérieur, les murs sont absolument massifs, il y a des grilles dans les couloirs, des portes blindées, des cachots,... Toutes les fenêtres sont en verre incassable. Tout est organisé pour qu'aucune personne internée ici ne puisse sortir... sauf entre deux flics.
La meilleurs illustration est le temps que les flics ont mis pour arriver jusqu'à nous. Nous étions barricadés dans un couloir dont nous avions bloqué les grilles avec des cadenas et des étançons. Il leur a fallu 40 minutes pour nous atteindre, dont 15 rien que pour défoncer la porte blindée du cachot où nous étions finalement retranchés.
Comment s'est déroulée l'expulsion?
- Nous avons été sortis sans trop de bousculades. Par contre, une partie de ceux qui étaient hors du centre et s'étaient assis devant les combis pour empêcher notre départ se sont fait cogner sèchement par les gendarmes. Ils nous ont gardé en cellule pendant plusieurs heures, puis nous ont relâché après nous avoir photographiés et avoir pris nos empreintes digitales. Pour le moment, il n'y a pas encore de suites; nous attendons de voir si le ministre de l'Intérieur portera plainte.
Quel bilan tires-tu de cette action?
- Nous avons relancé l'intérêt pour la lutte contre les centres fermés. Une vingtaine d'organisations et d'associations ont soutenu l'action. Toue la presse en a parlé, mais il y a eu malheureusement peu d'analyses de fond. C'est pourquoi je veux redire que ces horribles camps de détention ne sont que la conséquence de la politique menée par les ministres de l'Intérieur Tobback et Bande Lanotte depuis des années. Ceux-ci ont comme objectif avoué d'expulser 15.000 étrangers - candidats réfugiés et autres - chaque année. Il est impossible d'atteindre de tels quotas en raflant les gens en rue. Dès lors, il faut des camps de détention comme celui de Vottem pour les parquer avant leur expulsion.
Propos recueillis par Jean Peltier