Référendum en Irlande du Nord
Le référendum sur l'instauration d'une "réunion nationale" en Irlande du Nord a recueilli une majorité de "Oui". Les observateurs internationaux estiment qu'il s'agit de la confirmation du "compromis historique" conclu lors de l'"accord du vendredi saint" entre les "représentants" antagonistes des communautés catholique et protestante et les gouvernement britannique et irlandais.
Un "Oui" pour la paix?
Les habitants de l'Irlande du Nord ne partagent cependant pas l'euphorie de la presse internationale. Le sentiment dominant est un soulagement mêlé de scepticisme. Le vote en faveur du "Oui" exprime avant tout un vote pour la paix et contre la reprise de la violence entre les communautés.
Le scepticisme de la population n'est pas étonnant dans la mesure où ma division entre quartiers catholiques et protestants n'a jamais été aussi profonde qu'aujourd'hui. Depuis la rupture de l'armistice par l'IRA et les confrontations à l'occasion des marches protestantes l'an dernier, la distance entre les deux communautés s'est élargie.
Sur les plans politique et géographique, la division est presque totale. Le sentiment d'appartenir à une communauté a fait place à une identité soit catholique/républicaine, soit protestante/unioniste.
Les affrontements incessants menés par les partis extrémistes au cours des deux dernières années y sont pour quelque chose.
Au fil des années, l'attitude au sein de l'IRA et de sa branche politique, le Sinn Fein, a profondément changé. Quand les manifestations éclatèrent à la fin des années 60, c'était un mouvement pour l'égalité de la minorité catholique. La riposte particulièrement rude de l'armée britannique (les attaques de l'armée britannique à partir de 1969, le Dimanche sanglant en 1972, l'épreuve de force avec les membres de l'IRA emprisonnés menant des grèves de la faim à partir de 1976) a fait se dresser la protestation de la communauté catholique en premier lieu contre l'impérialisme britannique.
Le Sinn Fein a revu son orientation au début des années 90. Convaincu que la classe dominante britannique n'avait plus d'intérêts à défendre en Irlande du Nord, il en a conclu que le principal obstacle à une réunification de l'Irlande était la communauté protestante.
La nature du dernier cessez-le-feu promulgué par l'IRA diffère de l'armistice de 1994 qui avait été imposé par de puissantes manifestations de masse unitaires de travailleurs protestants et catholiques contre la violence paramilitaire. Cette fois, la décision de l'IRA se fonde sur l'idée que les campagnes militaires sont une voie sans issue et qu'il faut une autre tactique pour marquer des points.
Pour les partis extrémistes des deux communautés, "marquer des points" signifie étendre leur influence au sein de leur communauté ou sur le plan géographique. Les négociations se limitent donc à un " redécoupage" de fait du territoire sur une base chauvine.
Aucune tentative pour réconcilier les deux communautés et affronter les problèmes réels (chômage massif, extension de la pauvreté,...) n'a jamais été entreprise. L'accord de paix n'est rien d'a utre qu'une espérance qui va peut-être favoriser un rapprochement au sommet entre les organisations chauvines mais qui n'offrira en tous cas aucune solution à la population.
En outre, le danger est réel de voir au cours des prochains mois, à l'occasion des élections et des prochaines marches protestantes, les tensions entre les deux communautés monter d'un cran, notamment en raison du refus des partis chauvins d'arriver à un rapprochement.
Le Socialist Party - équivalant de Militant en Irlande du Nord - a appelé à voter "Oui" au référendum, de façon critique. Non pas pour susciter des illusions sur les "solutions" proposées, mais parce qu'aujourd'hui voter massivement pour le "Oui" représente une prise de distance à l'égard des organisations nationalistes réactionnaires qui appellent à voter "Non". Aussi parce qu'une paix provisoire offre la possibili té d'unifier la classe ouvrière d'Irlande du Nord autour d'une lutte.
En même temps, le Socialiste Party combat le chauvinisme là où il doit l'être: à la base. A l'approche des marches protestantes, le Socialist Party a pris l'initiative de descendre sur le terrain dans les quartiers où se dérouleront ces marches afin d'établir un compromis permettant de respecter les droits des deux communautés.
Une véritable solution pour l'Irlande du Nord s'oppose à la logique capitaliste de "diviser pour régner". Et l'unification du mouvement ouvrier d'Irlande du Nord sur une base de lutte de classes est la seule alternative.
Katia Hancké