Cannabis

L'hypocrisie continue

 

Le collège des procureurs généraux et le gouvernement sont tombés d'accord sur une nouvelle circulaire en matière de consommation et de détention des dérivés du cannabis. Cette circulaire, con traignante pour tous les parquets du pays, leur recommande d'y accorder "la plus basse priorité". En clair, cela signifie que, si la détention de cannabis reste un délit, les forces de l'ordre n'y réagiraient plus qu'en dressant un procès-verbal simplifié sans suites judiciaires. Le 19 mai pourtant, une descente de police a cependant été faite dans une école de Willebroek.

Ne va donc pas imaginer que tu peux ramener tranquillos quelques barrettes de "H" des Pays-Bas! Car pour bénéficier de la "clémence" des autorités il faut d'abord que le cannabis en question ne révèle aucun indice de trafic international. Ensuite, les quantités détenues ne peuvent correspondre qu'à un usage strictement personnel. Enfin, ta consommation ne doit pas être considérée comme "socialement probléma tique". Le paternalisme le dispute donc à l'arbitraire: si un flic estime que ta consommation risque de "nuire à ton intégration sociale", il "te protègera contre toi-même" en rédigeant un PV qui t'enverra tout droit au tribunal. Les prisons forment la jeunesse, c'est bien connu... On devine comment s'opérera la sélection. Si tu habites une banlieue cossue, si tes parents sont médecins ou avocats, no problems. Mais si tu es ch ômeur, d'origine immigrée ou que tu habites un quartier pauvre, gare à toi...

Donc, l'hypocrisie continue. Les autorités savent que la répression n'affecte la consommation que de façon marginale. En revanche, cette répression a pour effet d'amplifier les ravages de la drogue. La clandestinit&eacut e; rend tout contrôle de qualité impossible. Le trafic fait grimper artificiellement les prix. Et pour se procurer l'argent nécessaire, de nombreux consommateurs commettent des délits. La prohibition ne diminue en rien la consom mation, mais elle fait par contre la fortune des gros trafiquants. Au sommet de la pyramide, des banques ayant pignon sur rue lavent l'argent de la drogue qui sera réinjecté soit dans des placements juteux sur les marchés internationa ux des capitaux soit dans le trafic d'armes, d'organes ou d'êtres humains. L'argent de la drogue joue donc un rôle important dans l'économie capitaliste mondiale, comme zone tampon entre commerce légal et illégal. Et les b arons de la drogue, partie intégrante de la classe dominante, ont les moyens de corrompre bon nombre de politiciens, de magistrats, de fonctionnaires, de policiers...

Il y a plus de 100 ans, Friedrich Engels, ami et compagnon de combat de Karl Marx, écrivait que "la bourgeoisie ne laissait au prolétariat comme distraction que le sexe et l'alcool". De nos jours, l'éventail de l'offre e n matière de drogues s'est considérablement élargi. Mais l'analyse d'Engels est toujours valable. Tant que la classe ouvrière pliera l'échine sous l'exploitation et l'oppression, le recours à la consommation de dr ogues restera une fuite en avant pour échapper au réel.

Thierry Pierret

Le Militant
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