CMB
L'exclusion de six
délégués de Clabecq
Roberto D'Orazio et cinq autres délégués de Clabecq ont été exclus de la Centrale des Métallurgistes, donc de la FGTB. La direction de la CMB motive sa décision parce que les intéressés "se seraient rendus coupables de coups et blessures sur plusieurs participants au congrès national de la CMB". La direction de la CMB estime: "ces actes de violence inqualifiable en totale contradiction avec nos tradi tions et nos statuts qui prônent les libertés démocratiques, la tolérance et le respect de la personne humaine. Ces exclusions sont indépendantes d'éventuelles poursuites judiciaires."
Aucun journaliste n'était présent au moment des faits et les médias se sont contentés de relayer les communiqués de la direction de CMB. Il y a eu de fait des incidents, mais des deux côt&eac ute;s. Curieusement, aucun journaliste ne se demande pourquoi les délégués de Clabecq ne pouvaient participer au congrès alors qu'ils ont mobilisé 70.000 manifestants autour de leur combat.
La délégation de Clabecq avait déjà été exclue en 1992 mais à l'époque elle s'appuyait sur une large base de travailleurs actifs qu'elle pouvait mobiliser. Aujourd'hui cette ba se est au chômage.
Espérons que D'Orazio aura plus de droits démocratiques devant le tribunal bourgeois qu'au sein de son propre syndicat. La CMB ne respecte en effet même pas ses propres statuts qui précisent qu'un droit d' appel est prévu. Mais dans le cas présent la décision est "sans recours".
Le véritable motif d'exclusion de D'Orazio et de ses camarades est d'avoir mis sur pied le Mouvement pour le Renouveau syndical afin de redonner au mouvement syndical un souffle démocratique et de combat. A la premi&eg rave;re réunion du MRS beaucoup d'exemples ont été évoqués de congrès où presque tous les intervenants parlaient contre la proposition du bureau, mais au moment de voter le président demandait "afin de sauvegarder l'unité" et la proposition du bureau passait à l'unanimité.
Dès le début de la lutte des Forges, la direction syndicale (CMB, CCMB, FGTB et CSC)- n'a jamais admis que la base décide. Seuls les capacités de dirigeant naturel de Roberto D'Orazio et la position irr&e acute;ductible de son équipe ont permis de mobiliser et d'engager activement la grande majorité des ouvriers, y compris les militants de la CSC, et ont contraint l'appareil de la CMB à suivre. L'appareil de la CCMB (métallos CS C) n'a quant à lui jamais soutenu l'action. Quand Duferco s'est porté candidat comme repreneur, les dirigeants syndicaux nationaux ont accepté l'exclusion des délégués syndicaux de l'usine, une paix sociale de 5 ans et une baisse des salaires de 30%.
Le crime de ces militants syndicaux est d'avoir diffusé un tract appelant les congressistes à leur exclusion de fait des structures. Ils revendiquent plus de démocratie et le droit de décision à la base. Aujourd'hui un millier de personnes travaillent à Duferco/Clabecq. Sans la lutte menée, il n'y en aurait aucune. Chez Renault la direction syndicale a pris les choses en mains. Résultat: plus personne ne travaille chez Renault. Mais c'était sans doute interdit d'en parler au congrès.
La plupart des embauchés chez Duferco/Clabecq ne se sont pas battus pour sauver l'usine. Ceux qui ont édifié un syndicalisme de combat et ont lutté jusqu'au bout se retrouvent sur le pavé. Maintena nt qu'ils sont chômeurs, leur propre organisation les exclut.
La direction de la CMB "condamne la violence". Mais baisser les salaires de 30% et exclure ceux qui y ont travaillé toute leur vie et se sont battus comme des lions, ce n'est pas de la violence? Et de plus, des permane nts en costume cravate déclarent à ceux de Clabecq devant les portes du congrès: "Tu n'a plus rien à foutre ici, tu ferais mieux de foutre le camp!"
La construction du MRS est urgente. En septembre, un nouvel accord social se négociera. Les patrons disent déjà maintenant qu'ils ne veulent que les 180 milliards, sans rien donner en échange.
Johan Vermeulen