Indonésie
La dictature chancelle
Le 10 mars, le dictateur Suharto a été réélu par acclamations à un septième mandat de président de l'Indonésie. Il s'était empar&eacu te; du pouvoir par un coup d'État en 1965, avait massacré un million de communistes et dirige depuis lors le pays d'une main de fer.
Il a procédé à l'annexion violente de la partie orientale de l'île de Timor où la population est désormais tyrannisée. Le développement économique de l'Indonésie s ert exclusivement à enrichir le clan Suharto alors que la population est plongée dans un océan de misère.
Mais depuis le début de la crise économique en Asie du Sud-Est les fondements du régime vacillent. L'activité économique du pays est frappée de plein fouet. En quelques mois, la monnaie loca le - la roupie - a perdu plus de 85% de sa valeur par rapport au dollar.
Six millions de personnes ont perdu leur emploi et on prévoit 10 millions de sans emploi en plus. En quelques mois, le prix des denrées alimentaires a augmenté de 30% et ce n'est qu'un début. Il y a quelq ues mois, il y avait 24 millions de pauvres (selon les critères de l'ONU) dans ce pays où n'existe pas de protection sociale. Ce chiffre passera probablement à 42 millions de personnes au cours des prochains mois, soit 20% de le popul ation. Les paysans ruinés affluent massivement vers les villes en espérant en vain y trouver du travail.
L'agitation sociale s'est développée et des émeutes accompagnées de pillages ont eu lieu dans tout l'archipel. Ces pillages ont d'abord visé les commerçants chinois qui s'étaient livr és à la spéculation. L'agitation sociale prend cependant des formes plus politiques et tente de trouver une réponse aux problèmes sociaux.
Les capitaux étrangers fuient le pays aussi vite qu'ils le peuvent: il y a quelques années, les dépliants publicitaires destinés aux investisseurs étrangers décrivaient l'Indonésie co mme un pays "stable". Aujourd'hui, la faiblesse de la roupie, le manque de devises étrangères, la profonde crise économique et l'agitation sociale incitent les investisseurs à déguerpir sans demander leur reste.
Le Fonds monétaire international (FMI) a promis une aide de 40 milliards de dollars. Mais en échange, le FMI veut évidemment intervenir dans les décisions économiques du pays, ce qui dépla&i circ;t fortement à Suharto qui voudrait sauver son propre navire et préserver les privilèges économiques de son clan: ses rejetons dirigent personnellement un réseau de conglomérats qui contrôlent les secteu rs clés de l'économie.
Quand le bloc de l'Est existait encore, l'impérialisme a utilisé Suharto pour faire le sale travail: un million de morts. En échange, l'impérialisme a toléré que ce potentat se remplisse les poches. Mais depuis la chute du stalinisme, Suharto n'est plus utile à l'impérialisme qui voudrait renforcer son emprise sur le pays. Pour les masses indonésiennes, cela fera peu de différence: l'exploiteur changera mais leur sort restera identique.
Cependant, la montée des sentiments anti-impérialistes et la politisation croissante des masses sonnent la fin du régime de Suharto sans pour autant que cela tourne en faveur du FMI. La venue au pouvoir d'un gou vernement qui défende les intérêts des masses indonésiennes dépend de la capacité de construire dans les prochains mois une alternative radicale avec un programme socialiste.
Katia Hancké
Solidarité contre la répression
Au cours des dernières semaines, des centaines d'opposants ont "disparu", principalement des militants du PRD (Parti démocrate populaire???), le plus grand parti ouvrier clandestin qui refait surface. Andi Arief, p résident de l'association Étudiants solidaires pour une Indonésie démocratique et représentant du PRD a été enlevé le 28 mars et est toujours porté manquant. Le 13 mars, trois dirigeants jeune s du PRD, Mugiarto, Nésar Patria et Aan Rusdianto ont été arrêtés et accusés "d'avoir revendiqué et organisé des actions de masse contre le régime" et "être en possession de littér ature communiste". Ils risquent la mort et sont actuellement détenus et torturés. Le secrétaire général du PRD, Petrus Haryanto, gravement malade est emprisonné et les autorités refusent de le transfé ;rer dans un hôpital.
Adressez vos messages de protestation à l'Ambassade d'Indonésie, 294 av. de Tervueren, 1150 Bruxelles. Envoyer une copie au n
E de fax 00/31/20/671.65.97 (E-m ail [email protected]) ou à Militant, BP2, 9000 Gand 21, fax: 09/232.13.94. Nous la ferons parvenir au PRD.