Ecolo

Une alternative de gauche?

Les derniers sondages prévoient un effondrement du PSC, un recul important du PS, une progression du PRL - devenant le premier parti francophone - et un e poussée d'Ecolo qui se voit désormais comme un parti de gouvernement.

Beaucoup de militants du mouvement syndical et du milieu associatif considèrent Ecolo comme une bouée de sauvetage face au naufrage du PS. Ils espèrent qu'Ecolo pèsera sur le PS pour l'empêcher de gouverner avec le PRL.

Mais il faudrait pour cela qu'Ecolo se positionne d'abord comme parti radicalement à gauche. Et on est loin du compte.

Dans une interview accordée au Matin(1), Jacky Morael, Secrétaire fédéral d'Ecolo déclare: "Pour nous, l'ennemi, c'est le néolibéralisme. Veut-on, tout en restant dans une écon omie de marché (souligné par nous), réhabiliter le politique, maîtriser l'évolution sociale ou bien choisit-on le laisser faire?" Jacky Morael imagine-t-il que l'on peut "maîtriser l'évo lution sociale" dans le cadre du capitalisme de la même façon que l'on peut dompter un animal de cirque? S'il prenait la peine de jeter un coup d'oeil sur les années 60, il constaterait que les acquis sociaux concédés par la bourgeoisie sous pression de la lutte de classes l'ont été dans une période de forte croissance économique. Il ne se pose même pas la question de savoir pourquoi cette croissance s'est ralentie et pourquoi il y a des dizaines de millions de chômeurs en Europe. Aujourd'hui, "rester dans une économie de marché" et mener une politique sociale, c'est la quadrature du cercle. Militant ne partage pas les illusions de Morael sur le marché ;, ni sur l'idée qu'une "Europe sociale" soit possible dans le cadre du capitalisme. Il faut une Europe socialiste, c'est-à-dire une société qui rompe avec l'économie de marché.

Les mesures concrètes proposées par Morael sont du même tonneau. En matière de réduction du temps de travail, il ménage la chèvre et le choux et voudrait satisfaire à la fois travailleurs et pa trons. Il ne se prononce pas clairement pour le maintien du salaire et déclare qu'il n'existe pas de formule applicable à tous les secteurs(2). Autrement dit, ce sera secteur par secteur, entreprise par entreprise, département par d&e acute;partement, et pourquoi pas individu par individu. Les patrons sont pour un tel système: ils l'appellent la flexibilité.

Jacky Morael affirme pompeusement que l'écologie sera "au XXIe siècle ce que la gauche libérale puis social-démocrate a été aux siècles précédents."(1) Nous pensons que sur le te rrain social Ecolo est un courant qui s'apparente plutôt à la gauche libérale du XIXe siècle qui proposait des mesures progressistes sans mettre en cause le capitalisme. La social-démocratie quant à elle, a d'abord voulu remplacer le capitalisme par le socialisme,... avant de s'intégrer jusqu'au cou dans le capitalisme. Ecolo aujourd'hui ne se situe même pas au niveau de la social-démocratie du XIXe siècle. Les électeurs dé& ccedil;us du PS qui reporteront leur voix sur Ecolo risquent donc à court terme de subir une nouvelle désillusion.

Nous pensons quant à nous que la seule voie possible est de construire un nouveau parti des travailleurs luttant pied à pied pour les revendications sociales immédiates et préparant le remplacement du capitalisme par une société socialiste sans économie de marché. Après la faillite de la social-démocratie et du stalinisme, cette voie peut paraître aujourd'hui difficile, mais c'est la seule réaliste.

Guy Van Sinoy

Le Militant
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