Congo
Près d'un an après la prise du pouvoir par Kabila et l'immense espoir qu'elle a suscité, l'AFDL connaît aujourd'hui des fortunes diverses. On peut certes mettre au crédit du nouveau régime le fait qu'il a su mettre fin à l'anarchie de l'ère de Mobutu. Il n'est plus question de corruption à grande échelle. Sur le plan social, on note une certaine baisse des prix et les salaires semblent payés.
Mais, force est de reconnaître que ce régime connaît déjà quelques ratés. On est d'abord étonné du laxisme de l'AFDL face aux anciens mobutistes. Il semblerait même que certains d'entre-eu x aient été réintégrés à des postes de responsabilité, au moment où le peuple réclame justice pour les crimes commis sous de la période de Mobutu. Pour le moment, on assiste à un e "moralisation des moeurs": interdiction de certaines tenues vestimentaires jugées indécentes par les anciens maquisards, censure de certains musiciens "sans pudeur"... Le nouveau régime se trompe visiblement de cible. C'est d'autant plus vrai qu'il a désormais toute la société civile dans son collimateur: partis politiques, organisations des Droits de l'Homme, journaux...
Selon Floribert Chebaya, leader de la "Voix des Sans voix" (une organisation des Droits de l'Homme): "Les partis politiques ont tendance à disparaître, les étudiants et journalistes sont muselés, cela pourrait conduire &a grave; installer une terreur permanente dans l'esprit de la population". Il dénonce aussi les enlèvements. Certaines organisations des Droits de l'Homme diffusent des affiches représentant les personnes disparues. Une vingtaine de cas seraient recensés depuis le début de l'année. Les méthodes n'auraient rien à envier à celles en vigueur au temps de Mobutu.
La question fondamentale est cependant: "Pour qui roule Kabila?"" Déjà, dès sa prise du pouvoir, certains observateurs ont pensé que l'AFDL devra vite faire un choix entre les intérêts du peuple et ceux du g rand capital. Pour le moment il semble bien que ce régime opte pour le grand capital. Car, depuis les maquis, l'AFDL avait bénéficié des largesses américaines: armement, contrats miniers... Néanmoins, certains ont cru que l'ex-compagnon du Che allait s'appuyer sur une assise plus populaire, notamment en favorisant la création des syndicats libres, en faisant des projets sociaux (écoles, hôpitaux...) ou encore en procédant à des na tionalisations à la hauteur de l'espoir suscité. Hélas, rien de sérieux n'a été fait. Pire, la tendance oppressive du régime montre qu'il a l'intention de réduire le peuple au silence. Sans doute ,da ns le but de satisfaire aux diktats du FMI et de la banque mondiale dont on connaît les exigences des plans d'ajustements structurels (licenciements massifs, privatisations, mobilisation de tous les revenus pour payer la dette, désengagement de l'Etat des secteurs comme la santé, l'éducation,...) avec toujours les mêmes effets de paupérisation des masses. Ce qui ne manquera pas d'occasionner des révoltes comme partout où ces plans ont été appliqués. Il conviendrait donc de redoubler de vigilance vis à vis de ce régime.
Gilles Lambert