France
La droite explose face au Front national!
Dans la mesure où la droite française - le RPR (les gaullistes) et l'UDF (une fédération de divers mouvements bourgeois) - ne s'était pas encore remise de la déroute électorale des législatives de 1997, on s'attendait à une défaite de la droite aux élections régionales du 15 mars. Mais la défaite de la droite a dépassé tous les pronostics.
Ces élections régionales se déroulaient selon le scrutin proportionnel. En pourcentage, la droite stagne par rapport aux législatives de 1997, mais en siège elle recule. La gauche gouvernementale, dite "plurielle" - Parti socialiste (PS), Parti communiste (PCF), Verts - est en recul par rapport aux législatives de 97, mais le PS et le PCF gagnent des sièges. Le Front national fait pratiquement le même score qu'en 1997, mais progresse en sièges et s'enracine dans plusieurs départements, surtout dans le Midi et l'Est. Le taux d'abstentions est élevé (42%).
Les listes d'extrême-gauche dépassent les 5% et obtiennent pour la première fois des élus dans les conseils régionaux: 20 pour Lutte Ouvrière (LO) et 3 pour la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Dans la région de Toulouse, la LCR (5,52%) et LO (4,64%) totalisent ensemble plus de 10%! Une partie des électeurs du PCF, mécontente de la politique de leur parti au gouvernement, a donc reporté ses voix sur l'extrême-g auche. Les bons résultats de LO vont relancer le débat sur la constitution d'un grand parti des travailleurs et risquent paradoxalement de relancer une nouvelle crise au sein de Lutte Ouvrière qui reste frileusement sur des positions sectaires et refuse d'envisager la constitution d'une grand parti ouvrier unitaire.
La défaite politique de la droite a rebondi une semaine après le 15 mars, lors de l'élection des présidents des conseils régionaux. Dans cinq régions, des dirigeants de l'UDF (parmi lesquels Jean-Pierre Soisson et Charles Millon, deux anciens ministres) se sont fait élire à la présidence du conseil avec l'appui des voix du Front national, après avoir intégré des points du FN dans leur déclaration politique. L a direction de l'UDF les a immédiatement exclus.
En échange du soutien accordé, Le Pen avait demandé aux élus de droite de la région Provence/Alpes/Côté d'Azur (PACA) de soutenir sa candidature à la présidence de la région. Les dirigeants de l'UDF et du RPR sont finalement parvenus à resserrer les rangs et à éviter que Le Pen ne l'emporte dans la région PACA.
La droite française vient toutefois de connaître une fracture irréparable au profit du Front national. La crise sociale favorisera de plus en plus la polarisation à gauche et à droite.
Guy Van Sinoy
Où va la LCR?
La Ligue communiste révolutionnaire (LCR), qui vient d'avoir trois élus dans les conseils régionaux, a tenu récemment son 13e congrès. La direction voulait changer le nom de l'organisation et se débarra sser de l'étiquette "communiste". Il a manqué quelques voix pour cela, mais ce n'est que partie remise.
Changer le nom n'est que le point culminant d'une évolution politique à droite qui ne date pas d'hier, mais que le congrès a confirmé à une très large majorité. Le cours droitier s'exprime clairement à l'égard du gouvernement Jospin. Des titres tels que "Cap à gauche, Jospin" à la Une de leur journal le résume très bien. Cette ligne de la majorité de la LCR vise à "gauchir" la politique d u gouvernement et à mener une politique d'alliance qui tourne le dos aux organisations révolutionnaires et privilégie les refondateurs du PCF, la Gauche socialiste ou les Verts. Il est significatif qu'avant le congrès Alain Krivine ait été battu dans sa propre fédération lorsqu'il a proposé la participation de la Ligue aux listes du gouvernement.
On ne peut qu'être d'accord avec la minorité de la LCR (tendance Révolution!, 23% des voix) qui constate que la politique de Jospin "s'inscrit dans la continuité des gouvernements précédents". La tend ance R! défend l'idée qu'il faut mener une politique d'alliance avec les autres courants révolutionnaires dans la perspective d'un nouveau parti des travailleurs.
Il y a peu de chances que la direction majoritaire de la LCR revienne sur son cours. Cela n'empêchera pas nos camarades de la Gauche révolutionnaire (section en France du CIO) de continuer à proposer l'unité d'action &agr ave; la LCR chaque fois que c'est possible. La participation de la LCR de Seine-Maritime à une liste unitaire des révolutionnaires lors des régionales montre qu'une telle démarche n'est pas vaine.
David Cameron