Secteur non marchand

Un champ de manoeuvres pour la politique de l'emploi

Depuis plusieurs mois, le secteur non marchand est en lutte. Le 16 décembre 1997, le 22 janvier 1998, les travailleurs du public et du privé sont descendus dans la rue en front commun syndical pour crier leur ras-le-bol. Mais qu'est-c e qui peut bien les unifier? Que peut-il y avoir en commun entre un éducateur de rue, une puéricultrice, une infirmière, une ouvrière travaillant dans la cuisine d'un hôpital? Ce qui les réunit, ce sont les mauvais es conditions de travail, le manque flagrant de personnel, la surcharge de travail, le stress, et une recours étendu au travail à temps partiel (35 à 40% du personnel). La revendication sur l'emploi comporte deux volets: plus de perso nnel pour améliorer la qualité des services, réduction du temps de travail sans perte de salaire avec embauche compensatoire pour alléger la charge de travail.

 

Maribel social

La réponse du gouvernement - par les voix de Magda De Galan (ministre des Affaires sociales), de Miet Smet (ministre de l'Emploi) et de Marcel Colla (ministre de la Santé) - consiste à proposer un Maribel social, c'est-&agr ave;-dire diminuer les cotisations à la sécurité sociale par travailleur embauché: actuellement 13.000F de prime par emploi créé, 26.000F au 1/7/98 et 39.000F au 1/7/99. Le tout permettrait d'embaucher 23.300 trav ailleurs pour l'an 2000.

C'est une opération juteuse pour les patrons des institutions privées, en particulier pour les grosses institutions de soins (cliniques et maisons de repos) car cela va permettre d'engager du personnel soignant dans les secteurs lucra tifs.

Le Maribel social est inacceptable car il revient à financer l'emploi non pas par l'impôt (pour les services publics) ou par les subventions de l'INAMI (pour les institutions de soins privées) mais par la diminution globale des recettes de sécurité sociale. Autrement, c'est avec l'argent des travailleurs de tout le pays que l'on veut financer la création d'emplois dans le non marchand.

De plus, Miet Smet voudrait voir engager dans le non marchand des chômeurs de longue durée non qualifiés avec des contrats d'emplois précaires, alors que les revendications des travailleurs portent sur le recrutement de p ostes qualifiés avec un vrai statut. Le danger est réel de voir petit à petit les sous-statuts remplacer les emplois stables.

De plus, va-t-on faire des cadeaux (Maribel social) aux entreprises qui simultanément organisent la sous-traitance du nettoyage, de la cuisine, de la blanchisserie et de l'entretien?

Enfin, le contrôle de l'utilisation des fonds du Maribel social pour créer de l'emploi est impossible dans les petites institutions où il n'existe pas de représentation syndicale.

 

Quelle riposte de la part des travailleurs?

En fin de compte, la revendication qui unifie le mouvement (diminution du temps de travail sans perte de salaire et création de véritables emplois) reçoit donc de la part du gouvernement la réponse suivante: une p romesse de créer de l'emploi sans diminution du temps de travail, avec diminution des salaires indirects (baisse des recettes de sécurité sociale) et avec augmentation du nombre de sous-statuts qui vont concurrencer les vér itables emplois! Le conflit du non marchand est donc un champ d'expérimentation gouvernemental pour tester de nouvelles mesures de dérégulation sociale.

Les directions des organisations syndicales, constatant le traquenard dans lequel le gouvernement les a engagées, envisagent des journées de sensibilisation et d'actions. Mais est-ce suffisant pour faire plier le gouvernement? Assur&e acute;ment pas. La seule voie possible est de préparer une grève de longue durée dans l'ensemble du secteur et d'emboîter le pas aux travailleurs d'autres secteurs: les transporteurs de fonds, les gardiens de prison.

 

Francine Dekoninck

Le Militant
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