Tensions communautaires

La suppression des facilités est une provocation

 

Les frontières linguistiques ont été fixées en 1963. La Flandre et la Wallonie devenaient des régions unilingues, les cantons de l'Est devenaient germanophones. Bruxelles devenait bilingue et se limitait au x 19 communes. 27 communes où vivait une minorité importante (30%) de francophones, de néerlandophones ou de germanophones devenaient des communes à "facilités". Dans chaque commune à facilités, un f onctionnaire accueillerait la communauté minoritaire dans sa propre langue pourvu qu'elle en fasse la demande. Si suffisamment de parents - ayant droit aux facilités - le demandaient, des écoles maternelles et primaires seraient cr&ea cute;ées pour la minorité linguistique. Cependant la langue véhiculaire officielle de ces communes restait toujours celle de la zone dans laquelle elles sont situées... et on s'attendait à ce que la minorité lingu istique apprenne l'autre langue.

Il est certain que les responsables politiques francophones de l'époque, sous pression des marches flamandes sur Bruxelles de 1961 et de 1962, ont voté des lois qui n'ont jamais été acceptées par les populations c oncernées. Dans les Fourons, depuis 1963 les 2/3 de la population (francophone) vote systématiquement pour le retour à la province de Liège mais... il est prévu qu'ils deviennent flamands. Le cas des Fourons est connu pa rce que la résistance contre la frontière linguistique est effectivement organisée - par Happart - et parce que des politiciens wallons y voyaient un moyen pour se présenter comme les seuls défendeurs des intér&ec irc;ts wallons contre ce qu'ils appelaient "l'État belgo-flamand".

Avec l'expérience des Fourons en tête, on peut s'interroger sur les intentions de Leo Peeters (SP), ministre l'Intérieur de la Région flamande. Après 35 ans de régime de facilités, il décide to ut à coup que cette loi doit être strictement appliquée: les francophones qui veulent leurs documents formulaire dans leur langue devront dorénavant chaque fois en faire la demande. Espérons que ce sera gratuit! Ils devro nt aller chez le voisin pour le faire traduire, mais seront-ils toujours comptabilisés dans la minorité?

Est-ce une méthode pour inciter les francophones à apprendre le néerlandais... ou à développer une haine contre tout ce qui est flamand? Les fonctionnaires bilingues ne toucheront plus de prime linguistique. Les & eacute;coles primaires francophones (coût 200 millions par an) vont-elles fermer?

Plus on y réfléchit, plus la provocation est évidente. Le SP pense-t-il ainsi regagner une partie des suffrages flamands? Ou bien espère-t-il contrecarrer la stratégie du Vlaams Blok?

Les partis francophones proposent d'accorder aux six communes à facilité de la périphérie bruxelloise un statut permanent de bilingue et d'élargir ainsi Bruxelles à 25 communes. En soi, il n'y aurait rien & agrave; redire, mais les Flamands craignent d'y perdre la protection de la Flandre, plus riche, et de passer d'une position majoritaire à une position minoritaire.

Le SP laisse passer une occasion en or de gagner la confiance des francophones pour les persuader dans les faits que leurs droits démocratiques seront toujours garantis, et cela en contradiction avec ce que les Flamands ont toujours d û subir des autorités francophones. Les partis francophones seraient placés sur la défensive et les intérêts de la minorité flamande à Bruxelles seraient mieux défendus. Cela renforcerait l'unit é entre travailleurs flamands et francophones.

François Bliki

Le Militant
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