Centres fermés pour étrangers "illégaux"
Fermons ces camps de détention!
Il y a en Belgique des prisons spéciales où l'on est détenu sans jugement, où on enferme les enfants, où les visites sont impossibles et où le ministre de l'Intérieur règne en maître. Ce sont les centres fermés pour étrangers "en situation illégale".
Nous avons rencontré Laurence Vanpaeschen, une des organisatrices de la manifestation du dimanche 1er mars.
Le Militant: Pourquoi si peu de gens connaissent-ils l'existence des centres fermés?
Laurence Vanpaeschen: "Le gouvernement et l'Office des Étrangers font tout pour éviter qu'on s'y intéresse et prétendent que ce ne sont que de simples lieux de regroupement pour personnes en situation illégale avant leur rapatriement. En fait, il s'agit de centres de détention, de prisons.
Il existe cinq centres fermés en Belgique. Les deux centres pour demandeurs d'asile ont été construits à proximité de l'aéroport (Melsbroek et Steenokkerzeel) pour faciliter les renvois, de même que l e centre pour "Inads" (pour passagers inadmissibles) de Zaventem où sont enfermés ceux qui descendent d'avion sans documents d'entrée valables. Les centres pour étrangers en situation illégale sont situés à Bruges et à Merksplas, et demain à Vottem, près de l'aéroport de Liège.
L.M.: Quelles sont les conditions de détention dans les centres?
L.V.: "Notons d'abord qu'on y enferme des gens qui n'ont commis aucun délit, à part celui d'avoir voulu fuir la répression, la faim et la misère dans leur pays et de n'avoir pas été acceptés en Belgique. Ensuite, les droits de l'Homme élémentaires y sont bafoués.
L'accès à ces centres est quasi impossible. N'y sont admis que les ambassadeurs et les avocats des détenus, dans des horaires très limités. Les visites particulières ne peuvent se faire que sur rendez-vous et avec autorisation. L'accès est presque systématiquement refusé à la presse... sauf dans le cas de visites organisées par le ministère de l'Intérieur! Certaines organisations caritatives peuvent y entrer à condition de ne pas mettre en cause l'existence des centres fermés. Pour continuer à aider les personnes enfermées, elles sont donc obligées de se taire.
Des enfants y sont enfermés, mélangés à des adultes et privés de scolarité, ce qui est absolument contraire aux conventions internationales signées par la Belgique. Le règlement intérie ur prévoit des sanctions: de la privation de courrier et de téléphone jusqu'aux cellules d'isolement complet, en passant par les menottes, les entraves aux pieds et la camisole de force.
Les brimades subies sont difficilement supportables pour des gens qui, après avoir vécu dans la peur de l'arrestation, vivent désormais dans la peur d'un rapatriement forcé. C'est pourquoi les tentatives d'évasion et de suicide sont fréquentes.
Le personnel (gardiens, assistants sociaux, médecins, infirmiers) est engagé sous contrat par le ministère de l'Intérieur.
Comme ils ont peur de perdre leur emploi, la plupart se taisent. Beaucoup de témoignages sur les mauvais traitements sont parvenus à des journalistes, des avocats et des associations, mais ils restent anonymes. La peur règne partou t dans ces centres.
L.M.: Quel est l'objectif de la manifestation?
L.V.: "L'appel à la manifestation ne vise pas que la fermeture de ces centres fermés. Ceux-ci ne sont que l'élément le plus visible d'une politique antidémocratique concer nant les réfugiés. Depuis 1980, la loi sur le droit d'asile a été modifiée à plusieurs reprises, toujours dans un sens de plus en plus restrictif et répressif. La dernière modification est la loi Van de Lanotte de 1996.
Cette loi interdit l'entrée en Belgique à tout étranger qui ne peut prouver qu'il a les moyens de subvenir seul à ses besoins (2.000F par jour) ou qu'il peut être entièrement pris en charge par un rés idant de Belgique.
Elle impose des sanctions lourdes aux transporteurs qui ont transporté vers la Belgique des personnes n'ayant pas le droit d'y entrer (150.000F d'amende par personne + les frais de rapatriement), obligeant ces transporteurs à jouer un rôle policier qu'ils n'ont pas à exercer. La loi punit aussi quiconque aide ou assiste un étranger en situation illégale.
Enfin, la loi Van de Lanotte limite fortement la liberté des candidats réfugiés dont la présence a été acceptée en Belgique. L'aide sociale (indispensable car il leur est interdit de travailler!) ne leur est accordée que s'ils acceptent de résider dans un "centre ouvert". Ils restent ainsi sous le contrôle policier et administratif et ne peuvent évidemment pas s'intégrer dans la population (ce qui leur sera reproch&e acute; plus tard).
Toutes ces mesures visent à criminaliser les demandeurs d'asile, et, en général les étrangers. L'Histoire a montré que la façon dont une société traite ses étrangers est rév&eacu te;latrice de l'état de démocratie de toute la société. C'est pourquoi la lutte contre les centres fermés, contre la loi Van de Lanotte, pour la défense du droit d'asile est une lutte qui nous concerne tous.
Propos recueillis par Jean Peltier
Encadré
STOP aux centres fermés
pour étrangers "illégaux"
Manifestation nationale à Vottem
Dimanche 1er mars à 14 heures
Départ de la Citadelle de Liège
(enclos des fusillés, rue des Glacis)
Pour:
- la fermeture des centrés fermés et l'arrêt de nouvelles constructions;
- l'arrêt des décisions arbitraires et des expulsions;
- le rétablissement des recours judiciaires;
- la fixation de critères objectifs aux régularisations de séjour et à l'octroi de visa;
- le respect du droit d'asile.
Manifestation soutenue par des dizaines d'organisations parmi lesquelles: les associations de défense des réfugiés, le MRAX, la Ligue des Droits de l'Homme, les régionales liégeoises de la FGTB et de la CSC, du PS, d' Ecolo, du PC ainsi que des personnalités telles que les historiens Anne Morelli et Maxime Steinberg et les cinéastes Luc et Jean-Pierre Dardenne.
Militant appelle tous ses lecteurs et sympathisants à y participer.