France

Les chômeurs réchauffent l'hiver

Rien ne semblait pouvoir ébranler le gouvernement Jospin, passé maître dans l'art du grand écart entre discours de gauche et politique d'austérité. Mais cette fois "le coeur et la raison" ne peuvent p lus se concilier. Les chômeurs réclament des actes. Sonnants et trébuchants. Et pas l'an prochain. Tout de suite. Car "l'urgence, c'est maintenant!", clament-ils en choeur. Il est vrai qu'on ne peut pas attendre dix mois pour se vêtir, se chauffer ou manger...

Même si les chômeurs en lutte ne représentent qu'une petite partie des 5 millions de travailleurs sans emploi en France, leur popularité n'a cessé de croître au sein de la population. Tout comme les flots de m anifestants. Quel que soit leur nombre, ce simple fait est déjà un immense succès. Car il démontre clairement que les discours patronaux tendant à opposer les chômeurs aux travailleurs actifs en stigmatisant les pr emiers ou en demandant au seconds d'être "solidaires" (par des sacrifices visant à créer d'hypothétiques nouveaux emplois...) ne marche plus. Pour une raison évidente: aujourd'hui chacun a au moins un chômeur dans sa famille ou parmi ses connaissances proches. Du coup, la réalité éclate au grand jour: un chômeur est un travailleur qui a perdu son emploi. Tout comme un travailleur actif est un chômeur en sursis...

Face à la colère des sans-emploi et des exclus, les réponses de Jospin ne font pas vraiment le poids. Ses "cinq engagements" ont un sérieux goût de trop peu. L'indexation des minima sociaux et le rattrapage de l'allocation spécifique de solidarité (ASS) ne représente que quelques pourcents sur des allocations qui descendent parfois sous les 2.300FF (14.000FB) et qu'il faudrait multiplier par deux pour qu'elles deviennent décentes. ..

Quant au "passage vers l'emploi" (favoriser la réinsertion professionnelle), il en est encore à l'état de voeu pieux sans que l'on sache quels moyens seront mis en oeuvre pour y parvenir. "L'effort supplémentaire" en faveur des chômeurs de longue durée n'a pas été quantifié. Quant aux promesses en matière de lutte contre l'exclusion, on ne peut qu'en prendre acte.

Au total, le gouvernement Jospin ne propose que quelques mesurettes qui sont chiffrées à moins d'un milliard de FF. L'ensemble transpire l'improvisation et a le don de semer la zizanie au sein de la "gauche plurielle" au pouvoir. En e ffet, les Verts et les communistes ne se sont pas gênés pour critiquer avec plus ou moins de verve les plans gouvernementaux.

Non contents de mener leur première grande lutte, les chômeurs ont donc réussi à provoquer la première grande crise du gouvernement Jospin. Et ils ne comptent heureusement pas s'arrêter en si bon chemin... C ar la piètre ouverture du Premier ministre les motive plutôt à redoubler d'ardeur dans leurs revendications légitimes.

 

P. Stone



Le Militant
Hosted by www.Geocities.ws

1