Le budget est bouclé, et après?
Le bilan de l'exercice budgétaire 97 est un cadeau du ciel pour la bourgeoisie et ses représentants dans le gouvernement. Qui aurait pu espérer cela? Avec un déficit budgétaire de 2,3% on est en dessous de la norm e de Maastricht, faisant mieux que les prévisions les plus optimistes. Ce n'est pas pour rien que le ministre du Budget Herman Van Rompuy a déclaré que c'était "un jour historique dans sa carrière."
La bourgeoisie peut y chercher un peu de réconfort après avoir enduré bien des déboires au cours des récentes années. Presque tout son système a tremblé sur ses bases. Pratiquement plus aucun policier, juge, politicien ou patron n'oserait prétendre, la main sur le coeur, que la population ne le soupçonne pas d'avoir trempé dans l'une ou l'autre affaire. Et si certains sont populaires, ce sont le plus souvent des emmerdeurs du calibre de Gino Russo, de Paul Marchal... ou de Roberto D'Orazio.
Même l'Église, le cardinal Danneels en tête, est ébranlée. Surtout dès que l'on aborde les problèmes éthiques. Quel sens cela a-t-il de prêcher contre l'avortement et l'euthanasie si m&eci rc;me monsieur le curé se met à tripoter les petits garçons?
Fiers "dirigeants de la nation", que ces messieurs et dames de l'establishment! Et de nous rebattre les oreilles avec les récits des témoins X. Peu nous importe de savoir si ces récits sont fidèles ou non à la réalité. Ce débat, nous le laissons aux crédules et aux incrédules. Mais nous sommes surtout frappés par le fait... qu'une large couche de la population considère aujourd'hui que de telles horreurs sont tout à fait possibles! Quelle confiance en la société, quelle confiance au gouvernement, quelle confiance à ces excellences!
La politique, la morale, la justice, la culture (rappelez-vous Coca-Cola et McDonalds)... la bourgeoisie a tout avili. Heureusement pour elle, elle ne s'est pas mouillée seule. Les "dirigeants ouvriers" social-démocrates (et dans cert ains pays, d'anciens staliniens) ont fait de leur mieux pour se montrer sous leur profil le plus "ministrable". L'absence d'alternative ouvrière a redonné à la bourgeoisie une nouvelle raison d'être: "De toute façon quoi qu'on fasse, sur le plan social - mai surtout sur le plan économique - rien n'est possible en dehors du capitalisme."
Les pierres angulaires de l'argumentation était d'abord la réussite économique du Japon, ensuite celle des quatre "tigres" asiatiques et puis de tout le Sud-Est asiatique. Ces pierres angulaires ont l'une après l' autre volé en éclats. D'abord avec la récession au Japon, ensuite avec le ralentissement de la croissance des "tigres" asiatiques, enfin avec le krach boursier en Asie du Sud-Est.
Le bilan de l'exercice budgétaire est plutôt une pilule qui adouci le reste. Nous suspectons d'ailleurs qu'il faut attribuer la retenue affichée par Rompuy, plus à sa crainte de voir les résultats du budget 97 bala yés par une future récession galopante, qu'à sa modestie innée.