Rue des Deux Églises

Divorce et nouvelles alliances

Après avoir joué quelque temps au jeu de"retenez-moi sinon je pars", Gérard Deprez finira un de ces jours par se être exclu du PSC. Au moment où nous bouclons le journal, le Comité des Sages du PSC examinera dans quelle mesure "Deprez s'est lui-même mis hors jeu".

Reste à savoir ce qui motive réellement le mouvement de "renouveau politique" porté par Deprez et en vogue également dans d'autres formations politiques. Tous les partis traditionnels traversent une crise profonde qui est le reflet de la crise du capitalisme. Face aux problèmes économiques, la bourgeoisie se trouve de plus en plus désarmée quand il s'agit de faire avaler la pilule de l'austérité auprès des travailleurs. Et c'est son bras politique qui est tout désigné pour assumer cette impuissance. Certains hommes politiques ont bien compris l'impasse dans laquelle ils se trouvaient. Dès lors ils se sont mis à gesticuler pour tenter de faire croire aux électeurs "qu'il y a encore un espoir et que les partis vont (enfin) s'occuper d'eux."

Deprez est de ceux-là. Il veut profiter de la crise identitaire d'un PSC dégringolant dans les sondages et des difficultés du PS empêtré dans les affaires. Son objectif: participer à la fondation d'une grande fédération de droite à la Berlusconi et mettre fin à l'hégémonie du PS en Wallonie.

A première vue, son projet n'a pas recueilli un franc succès. Mais derrière son unité de façade, le PSC pourrait très bien se lézarder dans un proche avenir.

Le déclin du PSC, miné par ses luttes internes, représente un affaiblissement politique pour la bourgeoisie. Si une large fédération de droite voit le jour du côté francophone entre le PRL/FDF et une aile du PSC - ce qui n'est pas encore joué - elle constituera une menace pour le PS, mais pas uniquement pour celui-ci. Le CVP, principal instrument politique de la bourgeoisie se trouverait alors sans relais du côté francophone. Et qu'adviendrait-il dans ce cas du Mouvement ouvrier chrétien?

A court terme, la bourgeoisie sera vraisemblablement en mesure de maintenir le statu quo, il est vrai avec un PSC en piteux état. Les pourparlers actuels entre PS et PRL reflètent plus l'angoisse de ces partis de ne pas participer à la prochaine coalition gouvernementale plutôt qu'une véritable intention de larguer le PSC. Gérard Deprez risque donc la marginalisation pour avoir été un peu trop impatient.

 

Pierre Stone



Le Militant
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