Droit de séjour
Le cynisme de l'Office des Étrangers
En septembre dernier, Diego Martinez arrive d'Argentine pour présenter l'examen d'entrée à l'INSAS, une école de théâtre et d'audio-visuel située à Bruxelles. Comme l'examen est très sélectif (près d'un millier de candidats pour quelques dizaines d'élus), Diego est muni d'un visa de touriste. De surcroît, n'étant pas inscrit à l'INSAS avant la réussite de son examen, il ne pouvait évidemment pas disposer d'un visa d'étudiant. Diego réussit son examen et entame son année académique.
Le 9 octobre, à la suite d'un contrôle d'identité opéré par la gendarmerie, il est détenu pendant 24 heures, soumis à des brimades xénophobes et reçoit l'ordre de quitter le territoire. L'obtention d'un visa pour le Belgique au départ de l'Argentine demande deux mois. Autant dire que s'il repart en Argentine, son année scolaire est foutue car les nombreux travaux pratiques du trimestre (exercices de caméras, de montage, de prise de son, studio TV) ne peuvent être reprogrammés. De plus, sur le plan administratif, la Communauté française n'autorise pas un étudiant à poursuivre ses études après 60 demi-journées d'absence aux cours.
L'Office des Étrangers est resté sourd aux explications de Diego et a confirmé l'expulsion le 28 novembre. Heureusement tous les étudiants, de nombreux professeurs et des cinéastes de renom(1) ont mené une campagne de protestation. Le recours introduit au Conseil d'État n'a pas suspendu l'arrêté d'expulsion. Ce cas illustre le profond cynisme de l'administration policière à l'égard de tout étranger demandant l'accès au territoire. Combien de centaines d'autres ne sont-ils pas expulsés en silence car ils n'ont pas autour d'eux une chaîne de solidarité?
Thierry Pierret
(1) Notamment Jaco Van Dormael (Toto le Héros), Marian Handwerker (Marie), Luc Dardenne (La Promesse), Michel Khleifi (Noces en Galilée), Frank Passel (Manneken Pis).