FGTB: Le rideau de fumée
Que retiendra-t-on du dernier congrès de la FGTB? Certains militants garderont peut-être en mémoire la commémoration du samedi 13 décembre retransmise par les médias et l'image de cette ancienne militante évoquant la grève héroïque des femmes de la FN de Herstal des années soixante.
La plupart des délégués retiendront sans doute la revendication d'une loi sur les 38 heures, premier pas vers les 35 heures. L'idéal étant fixé à 32 heures par semaine en quatre jours, le tout sans perte de salaire. S'agit-il d'un tournant radical de la FGTB?
Pas du tout car au lieu de proposer un plan de mobilisation afin d'arracher tout de suite la diminution radicale du temps de travail généralisée (inscrite dans une loi) sans perte de salaire ni baisse des charges sociales et avec embauche compensatoire, la FGTB se dit prête... à négocier. Avec qui, on se le demande bien, car pour négocier il faut être au moins deux, et la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) vient de déclarer dans son bulletin que la diminution du temps de travail ne créait pas d'emplois.
Au lieu d'adresser ses revendications au patronat, la FGTB semble plutôt s'adresser au gouvernement afin que les "aides aux entreprises soient concentrées sur ces objectifs"(1). Quelles "aides"? Pardi, il s'agit des cadeaux accordés au patrons sous forme d'abaissement des cotisations sociales. Autrement dit, ce sont les travailleurs qui financeront la diminution du temps de travail.
Mais ce n'est pas tout. Lorsque Mia De Vits déclare prudemment que l'on verra ce qui peut être fait secteur par secteur, c'est en échange d'une plus grande flexibilité. Loin d'être un tournant radical, les déclarations spectaculaires du congrès de la FGTB sont plutôt un rideau de fumée destiné à masquer l'acceptation de la flexibilité et de la diminution des salaires indirects.
La FGTB nationale devient fédérale. Voilà qui va dans le sens d'une perte de cohésion nationale de la FGTB sur le plan de la solidarité entre les travailleurs flamands, wallons et bruxellois et qui semble justifier après coup le fait que Mia De Vits avait signé le Pacte de Louvain "à titre personnel".
Malgré la volonté déclarée par la FGTB de s'opposer aux astreintes, il faut bien constater que les seuls qui soient parvenus à marquer un point sur ce terrain sont les délégués des Forges de Clabecq qui viennent d'obtenir devant un tribunal la levée d'astreintes. Mieux, la justice a même reconnu que les tribunaux sont incompétents pour intervenir dans les conflits sociaux. Les délégués de Clabecq auraient dû être partie prenante de ce congrès, mais ils n'étaient pas invités. Quelques jours avant le congrès, des ministres CVP se sont laissés aller à des déclarations agressives. Dehaene a évoqué la nécessité de relever l'âge de la prépension. Miet Smet n'a rien trouvé de mieux que de proposer de raboter encore un peu plus les allocations d'attente des jeunes sans emploi pour financer leur recyclage professionnel. Ces déclarations provocatrices montrent que la bourgeoisie est rassurée sur les intentions de la FGTB.
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(1) Syndicats, bimensuel de la FGTB, 19/12/97, p.3