Albanie

Quelles perspectives après l'insurrection?

 

Les informations qui nous parviennent d'Albanie concernent surtout l'intervention militaire "humanitaire"menée par les 6.000 soldats appartenant à huit armées différentes (par ordre d�importance: Italie, France, Turquie, Grèce, Espagne, Autriche et Danemark) qui viennent d�envahir ce petit pays. On nous ressert à nouveau le même refrain humanitaire chaque fois que l�impérialisme entreprend une expédition militaire.

En Italie, une crise gouvernementale a été évitée de justesse quand Rifondazione comunista a refusé de cautionner l'intervention. Le premier ministre Dini a dû faire appel au soutien du bloc de droite de Silvio Berlusconi.

Comme nous l�avons mentionné dans les précédents numéros de notre journal, le régime stalinien de Henver Hodja a maintenu le peuple albanais pendant des décennies dans une situation retardataire et d'isolement, étouffant toute possibilité de développement de l�économie planifiée. Mais l'introduction de l'économie capitaliste de marché, incapable de développer le pays, à été une catastrophe et a conduit le régime dictatorial du président "démocrate" Sali Berisha a falsifié les élections et à soutien une bourgeoisie maffieuse qui, en collaboration avec la maffia italienne avait mis sur pied une gigantesque escroquerie pour s�emparer des économies de dizaines de milliers d�Albanais.

La révolte contre la capitale Tirana a éclaté dans le sud du pays. Au sein des comités locaux qui détiennent le pouvoir, prédominent les anciens officiers de l'armée, des gangsters et des éléments déclassés. Chaque ville a sa propre milice et son propre programme.

A court terme, la stratégie de l'impérialisme consistera à tenter de désarmer la population et d'endiguer la vague de réfugiés en s'appuyant sur Berisha. Il se peut qu'à moyen terme, que le parti socialiste (ex-communiste) soit considéré comme un meilleur garant de stabilité.

Mais la majorité du peuple albanais s' oppose à l'intervention militaire. La plupart des insurgés sont des travailleurs, des jeunes ou des paysans pauvres peu organisés et avec un faible conscience de classe. Ils savent ce dont ils ne veulent plus, mais n'ont pas d'alternative. Même l'Union des Syndicats indépendants, qui a joué un rôle important dans la grève contre le régime stalinien de 1991 à 1992, ne propose pas de programme. Après l'expérience désastreuse du stalinisme toute référence au socialisme est provisoirement discréditée. Il règne donc une énorme confusion idéologique et on assiste à une insurrection populaire sans programme ni parti. Si des conseils démoc ratiques de travailleurs et de paysans n'apparaissent pas sur le terrain, d'autres forces sociales, des forces qui risquent de déchirer le pays sur des clivages ethniques, régionaux ou religieux combleront le vide politique.

Jan Dumolyn

Le Militant
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