Zaïre

Kabila et la crise du Mobutisme

Depuis octobre 1996, l'Alliance de Laurent Kabila continue de progresser à partir de l'Est du Zaïre. Les capitales occidentales commencent à s'inquiéter. Car l'armée de Mobutu était et reste l'ultime garantie de l'ordre néocolonial.

Les soldats gouvernementaux, qui ont pendant des années terrorisé et pillé leur propre population, évitent toute confrontation militaire avec les rebelles. Sur ce point, les rebelles sont considérés comme des libérateurs.

L'opinion dans les quartiers populaires de Kinshasa a basculé en faveur de Kabila. La démagogie anti Tutsis de l'élite zaïroise ne persuade plus personne. Même l'opposition "radicale" autour de Tshisekedi sur laquell e reposait une solution de rechange occidental e pour un Mobutisme sans Mobutu est en train de changer de camp. Ni les discours radicaux au parlement de transition (où les 800 membres reçoivent des puissances occident ales leurs 500$ mensuels!), ni les projets des omniprésentes églises et ONG ne menacent l'ordre néocolonial au Zaïre. Plutôt qu'un contre-pouvoir, elles sont complémentaires du pouvoir et en dépendent. Mais au jourd'hui, même l'opposition radicale commence à regarder du côté de Kabila.

Les métropoles impérialistes sont divisées sur la tactique à suivre. Paris s'appuie sur Mobutu, les milices hutues, l'UNITA et le régime islamique du Soudan. Les gouvernements du Rwanda et de l'Ouganda, et le SPLA du Sud-Soudan sont liés à Washington. L'enjeu est la concurrence entre multinationales pour les matières premières et le secteur public à privatiser. L'Union Minière, la Belgolaise, Petrofina, la Sabena, défendent leurs investissements. Le Premier ministre Kengo est, de son côté, en contact avec Chevron. EL F et des sociétés sud-africaines offrent leurs réseaux d'armes et de mercenaires. Barrick Gold Corporation (avec Bush et Mulroney) s'intéresse à l'or du Kivu.

L'impérialisme intervient pour empêcher que, dans le sillage de l'offensive de Kabila, se développe un mouvement incontrôlé. La clef est la r&eac ute;organisation par Paris et Bruxelles de l'armée mobutiste autour du général Mahele. A Kisangani et à Watsa des mercenaires étrangers avec des hélicoptères et des bombardiers préparent la contre-at taque. Washington fait pression via Museveni (Ouganda) et Kagame (Rwanda), qui soutenaient Kabila afin d'arrêter les raids de leurs adversaires à partir du Zaïre.

Bruxelles, Paris et Washington envisagent, en dépit de leurs luttes d'influence, un compromis néocolonial stable. Ce n'est possible que par l'élimination de la rébellion, ou par son intégration à la partie "saine" de l'appareil d'État mobutiste et à la classe politique bourgeoise. Si cela échoue, une intervention militaire directe et massive n'est pas improbable.

Malgré son programme vague "d'économie sociale de marché", la rébellion a cependant une toute autre dynamique. Le succès militaire des rebelles dépend de leur capacité à mobiliser la population et à surmonter les divisions ethniques régionales. Pour gagner le soutien des classes pauvres et des travailleurs, il faut que ceux-ci puissent s'organiser pour défendre leurs intérêts.

Kabila, ou toute autre direction, sera ainsi placé devant des choix politiques. Les problèmes de la réforme agraire, du contrôle social des conditions de travail, de la répartition des richesses produites viendront tôt ou tard à l'ordre du jour. Alors s'amorcera un conflit avec les intérêts des multinationales et leurs pantins locaux.

L'insurrection dans l'Est du Zaïre se trouve donc à un carrefour. Ou bien se développe un processus révolutionnaire d'unification et d'indépendance nationale, en liaison avec une mobilisation de masse et des réformes sociales de plus en plus profondes. Ou tôt ou tard, les rebelles commenceront à capituler deva n t les exigences de l'impérialisme et une défaite deviendra inévitable.

Geert Seynaeve

Le Militant

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