Renault
L'appareil syndical arrête la grève
Après six semaines de grève, les travailleurs de l'usine Renault à Vilvorde ont repris le travail. Les directions syndicales estiment que la condamnation de Schweitzer devant les tribunaux est "une telle victoire" qu'il fallait reprendre le travail pour "commencer une guerre de tranchées afin d'obliger Renault à changer d'avis". Elles veulent persuader les syndicats de France et d'Espagne de formuler une proposition qui règle la surcapacité "au niveau du groupe" et qui rende caduque la fermeture de l'usine de Vilvorde. La durée du travail passerait à 32,4 heures/semaine en France (loi Robien) et à 32 heures en Belgique (proposition Vande Lanotte ). La multinationale Renault épargnerait ainsi annuellement 15,7 milliards sur les salaires et 9,5 milliards sur les charges sociales. Le déficit d'exploitation de 14,7 milliards, motif invoqué pour la fermeture, serait ainsi transform&eacu te; en bénéfice de 10 milliards... Si jamais cette proposition passe, les travailleurs payeront pour que les profits de Renault enflent. La direction syndicale mise donc gros, car l'emploi ne serait pas garanti pour autant. Devant la menace de l'extension des luttes vers la grève générale, les directions FGTB et CSC ont préféré arrêter la grève.
Le travail a donc repris et la bourgeoisie peut provisoirement respirer. Une majorité d'ouvriers ont voté pour la reprise du travail, mais une bonne partie de ceux-ci n'ont participé que de façon épisodique aux assemblées générales et peu aux actions. Les questions du référendum étaient ambiguës: la reprise du travail était présentée comme la continuation de la lutte. Les adversaires de la repri se du travail n'ont pu s'exprimer au micro. Malgré cela, 32% des ouvriers ont voté pour la continuation de la grève.
La reprise du travail ne s'est pas faite sans mal: les délégués syndicaux ont presque dû jouer aux contremaîtres pour persuader les ouvriers de produire 350 voitures par équipe (420 précédemment), car le jour de la reprise 50 véhicules seulement étaient sortis des chaînes pendant l'équipe du matin.
Si les militants les plus combatifs ont le sentiment d'un échec, ils ne doivent pas perdre de vue qu'ils ne sont isolés. Ensemble avec les travailleurs de Clabecq, ils sont devenus le symbole de la lutte. Leurs actions déterminées et spectaculaires ont permis d'organiser une première grève, même limitée, à l'échelle européenne.
La lutte n'est pas finie car rien n'est réglé pour l'instant. Les militants les plus actifs, dont la conscience a considérablement progressé en quelques semaines, peuvent persuader les autres de reprendre la grève. La lutte rebondira alors à un niveau plus élevé!
François Bliki