Renault
Du désarroi à la lutte
Jeudi 27 février. L'annonce brutale de la fermeture de Renault-Vilvorde le 1er juillet vient de tomber. Spontanément, les chaînes se sont arrêtées. Les travailleurs n'en croient pas leurs oreilles: 3.150 licenciements, 1.500 chez les sous-traitants. Dans un coin, une ouvrière pleure en silence. Mais bien vite, l'abattement fait place à la colère. Ça ne se passera pas comme ça!
La lutte s'organise et des piquets de grève occupent l'usine. L'usine de Vilvorde est un site moderne. Elle a une valeur comptable de plus de 6 milliards. De plus, sur le parking les Renault Mégane Coupé produites exclusivement à Vilvorde attendent leur livraison: un vrai trésor de guerre! Un cortège se forme dans les rues de la localité.
Lundi 3 mars, des milliers de manifestants se retrouvent à Bruxelles dans le quartier Schumann: travailleurs de Renault et des firmes de sous-traitance au coude à coude. Ceux de Clabecq sont là aussi. La colère serre les poings. ensemble avec les travailleurs de Clabecq.
Vendredi 7, les usines de Renault de France et d'Espagne, ainsi que tout le secteur automobile en Belgique fait une heure de grève. L'ambassade de France à Bruxelles reçoit la visite de milliers de travailleurs qui balancent un e carcasse de Mégane dans la cour.
Mardi 11 mars, 110 car convergent vers Paris. On se retrouve à 10.000 devant le siège social de Renault, car de nombreux travailleurs venus de tous les sites de Renault/France et de Renault/Espagne sont là.
Dimanche 16 mars, 100.000 manifestants battent la pavé des rues de Bruxelles.
Refuser la fermeture
Militant soutient les travailleurs de Renault et défend les revendications suivantes:
_ de Renault:
* Retrait immédiat de la fermeture
* Maintien de tous les emplois par la diminution du temps de travail sans perte de salaire
* Halte à la flexibilité et à l'augmentation du rythme de travail
_ du gouvernement:
si Renault ne cède pas:
* Confiscation du siège de Vilvorde et réouverture par les pouvoirs publics
* Nationalisation de toute multinationale qui menace de fermer
* 32 heures/semaine sans perte de salaire
* Non à Maastricht
Pourquoi Vilvorde?
Toute multinationale a une assise principale dans un pays où il vaut mieux rester en bons termes avec les autorités. Fermer un siège en France serait trop risqué sur le plan social et po litique, dautant plus quil faut déjà supprimer 3.000 postes de travail dans ce pays. En fermant Vilvorde, les dirigeants de Renault nagissent pas patriotisme. Le seul patriotisme que connaissent les ca pitalistes est celui du coffre-fort. Schweitzer et son collègue De Virville, anciens membres de cabinets PS en France, ont le coeur à gauche, mais le portefeuille à droite. En dernier ressort seuls comptent à leurs yeux les pro fits.
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La flexibilité tue l'emploi
Pour Schweitzer, qui fréquente aussi la secte ultra réactionnaire Opus Dei, les ouvriers de Vilvorde étaient "les Japonais de l'Europe". Les travailleurs de Vilvorde travaillaient en effet 9 heures par jour pendant des semaines de 3, 4 ou 5 jours, selon le cahier de commandes. 20 minutes pour manger, 10 minutes pour aller aux toilettes. Preuve s'il en est qu'accepter la flexibilité et les cadences infernales ne garantit pas l'emploi. P>
Larmes de crocodile
Les politiciens flamands se sont rués sur l'occasion pour faire des déclarations plus hypocrites les unes que les autres.
En première ligne: Dehaene et Vanden Brande qui protestent bruyamment contre la fermeture. Évidemment, c'est facile. Ils n'ont pas un franc à débourser! Ils oublient de préciser qu'ils étaient déj&ag rave; au courant depuis une semaine.
Hans Bonte, responsable pour le SP des problèmes s'est contenté de déclarer: "On ne peut rien faire..." Il s'est ainsi fait dribbler sur sa gauche par l'ultra réactionnaire CVP Éric Van Rompuy qui dé clarait que la fermeture était inacceptable.
Pour la Volksunie, une seule solution: le boycott. Ce n'est pas cela qui empêchera la direction de Renault de dormir. Par an, Renault vend un million et demi de véhicules dans le monde et un peu plus de 40.000 en Belgique.
Partisan des méthodes travail à la japonaise et adversaire des grèves, le Vlaams Blok, quant à lui, ferait mieux de se demander si son slogan "Notre peuple d'abord" ne signifierait pas plutôt "Notre peuple d' abord au chômage..."
Si tous ces politiciens se sentent émus par le sort des 6.000 familles, qu'attendent-ils pour confisquer les avoirs de Renault en Belgique et faire redémarrer la production?
Les seuls alliés des travailleurs de Vilvorde sont leurs camarades de France, d'Espagne et de Slovénie, ainsi que les travailleurs des autres entreprises qui témoignent leur solidarité.