Pour s'en sortir, il faut
PRÉPARER LA GREVE GÉNÉRALE
"Pourquoi continuer à manifester le week-end si toute la machine économique redémarre le lundi matin? Si ça continue comme ça nous sommes perdus. Il est temps de se poser la question de la préparation de la grève générale!" déclarait Roberto D'Orazio, président de la délégation FGTB des Forges de Clabecq, à l'issue de la Marche pour l'Emploi et contre les Menteurs le 5 avril dernier à Na mur.
Un débat stratégique clé est ainsi lancé dans le mouvement ouvrier. Peut-on empêcher les fermetures et les licenciements massifs sans utiliser l'arme de la grève générale?
Nous connaissons le credo du gouvernement et de la bourgeoisie: être "réaliste" et accepter la baisse des salaires et la flexibilité sans garantie d'emploi. L'idéologue bourgeois américain William Bridge n'h ésite pas à écrire: "La flexibilité est la conséquence du besoin simple de faire le tout de manière vite et efficace. L'emploi traditionnel est aujourd'hui un obstacle". Ou encore: "La concurrence entre travailleurs s'accroît tout comme la concurrence entre les entreprises. Il y aura toujours quelqu'un prêt à travailler pour un salaire inférieur(*)"
Cette logique mène au chômage et à la pauvreté. Boël, Clabecq, Renault, Alcatel-Bell, Nova, Régie des Transports maritimes, BN/Bombardier, Philips, Cockerill-Sambre, FN, Hexcell, CMI, Meurice, Fontainunion, SN CB, Belgacom, Royale belge,... chaque jour allonge la liste des pertes d'emplois ou des fermetures. Certaines régions deviennent un désert social. Le Hainaut connaît un taux de plus de 20% de chômeurs complets indemnisés. Au Borinage, ce taux atteint 33%!
Les seuls emplois proposés sont flexibles et mal payés, dans de petites entreprises. Ou encore des contrats ACS (chômeurs mis au travail) ou pire encore, des "petits boulots" à 150F l'heure dans les ALE, ces Agences local es pour l'Emploi crées par les pseudo "plans pour l'emploi". Les patrons peuvent se frotter les mains: l'an passé les profits cumulés des entreprises ont dépassé pour la première fois le cap des 1.000 milli ards!
Roberto D'Orazio a parfaitement pointé du doigt la passivité des dirigeants syndicaux totalement incapables d'endiguer la marée de fermetures et de licenciements. Ils se contentent de temps en temps de formuler quelques protest ations verbales, de courir à la table de concertation et quand la colère gronde à la base de faire défiler leur "troupes" le dimanche à Bruxelles sans rien prévoir pour le lendemain. Ces directions syndicales ont de fait accepté la logique de la bourgeoisie.
Cela n'a rien d'étonnant car leurs amis politiques - la social-démocratie et la démocratie chrétienne - siègent au gouvernement. C'est aussi la raison pour laquelle ils ont saboté la Marche pour l'Emploi e t contre les Menteurs de Namur. Le gouvernement a déjà adopté depuis longtemps les thèses patronales. Belgacom à été privatisé à vil prix et 6.500 emplois vont être perdus. A terme, 10.0 00 emplois sont menacés à La Poste. 3.000 emplois ont déjà disparu à la SNCB et l'éclatement en centres autonomes est à l'ordre du jour.
Il faut casser cette logique infernale. On ne peut gagner la bataille de l'emploi entreprise par entreprise. La délégation syndicale de Clabecq a proposé un document de réflexion sur la grève général e. Des dizaines de délégués syndicaux sont parties prenantes de la discussion.
Le sort de centaines de milliers de travailleurs dépend de la préparation d'une grève générale contre l'offensive du patronat et du gouvernement.
(*) "De vaste baan gaat eraan" ("L"emploi stable est en train de disparaître") dans Knack nE16 du 22 avril 1997 .