L'Europe du capital?

NON MERCI!

 

Pour beaucoup de travailleurs en Europe, "Maastricht" est devenu synonyme "d'austérité". En 1993, l'opposition à Maastricht s'est massivement fait entendre au Danemark et en France lors de référendums. En 1994 les travailleurs italiens se sont opposés aux mesures d'austérité de Berlusconi. Puis en France en 1995 contre le plan Juppé. Ensuite en Allemagne contre le plan Kohl. Les actions des paysans grecs ainsi que la grève des routiers français et espagnols ont suivi... Chacune de ces luttes a pu engranger des victoires partielles.

Le raisonnement de la bourgeoisie et du monde politique - y compris de la social-démocratie - est le suivant: une plus grande intégration européenne est indispensable car la mondialisation est incontournable. Une monnaie unique est vitale car le Japon et les États-Unis ont chacun un État et une monnaie. Pour garantir la stabilité d'une telle monnaie unique, les mesures impopulaires sont inévitables.

Notons cependant que la bourgeoisie doit tempérer ses espoirs:

* le parti travailliste (qui s'apprête à remporter les élections en Grand-Bretagne) déclare qu'il ne souscrira pas à une monnaie unique chancelante dont l'échéance de 1999 n'est même pas certaine et qu'il faudra un référendum;

* la locomotive allemande s'essouffle et ne parvient plus à satisfaire aux critères;

* la fermeture brutale de Renault Vilvorde a ouvert la voie à une dynamique de lutte ouvrière à l'échelle européenne.

Une Europe "sociale" capitaliste

IMPOSSIBLE!

Le drame de Renault: ce n'est qu'un début...

Quand l'Europe a réalisé ses premiers pas vers plus d'unité (1951) le charbon et l'acier étaient encore des secteurs clés(1). Les cimetières sociaux laissés par la CECA constituent aujourd'hui le noyau dur du chômage: Écosse, Pays de Galle, Borinage, Centre, Charleroi, Liège, Longwy. A elle seule, la sidérurgie a perdu 200.000 emplois.

La croissance économique a principalement reposé sur l'automobile et le pétrole. 6 parmi les 10 plus grandes multinationales du monde appartiennent à ces deux secteurs. Leur problème principal est le suivant: les 90 usines automobiles européennes ont une capacité de production de 18 millions de véhicules alors qu'on n'en vend que 13 millions. La surcapacité de production constitue un des traits typiques de l'anarchie capitaliste.

Le drame de Renault risque de se reproduire dans des secteurs tels que l'acier, le papier, les télécommunications, l'informatique et les transports.

(1) CECA: Communauté européenne du Charbon et de l'Acier.

Les multinationales européennes, comme celles des États-Unis et du Japon, concentrent la majeure partie de leurs activités à l'intérieur de leurs frontières. Les "multinationales" ont bel et bien une "patrie", contrairement aux mythes sur la "mondialisation" qu'on voudrait nous faire avaler.

Le capitalisme allemand domine aussi sur le plan monétaire. L'Écu se compose de 33% de mark, 21% de franc français, 11% de livre britannique, 10% de florin hollandais. Plusieurs monnaies sont coupées au mark: le franc belge, le florin, le shilling autrichien.

 

Traditionnellement, la politique allemande se caractérise par:

* une attitude pro-européenne basée sur la supériorité de l'Allemagne ou sur un axe franco-allemand.

* l'angoisse de l'inflation. La bourgeoisie allemande reste traumatisée par l'expérience de l'hyper inflation de 1923 qui a notamment pesé dans l'ascension d'Hitler.

* l'idée qu'en cas d'échec, il existe une solution de rechange en se tournant vers l'Europe centrale: une zone dominée par le mark avec pour satellites le Benelux, l'Autriche, le Danemark, la Pologne, la Tchéquie, la Croatie, la Slovénie... Il s'agirait toutefois d'une défaite politique grave si la bourgeoisie remettait à plus tard son principal projet politique .

L'Europe et le capitalisme mondial

Le capitalisme mondial se joue sur une partie restreinte de la planète: le trio Europe, États-Unis, Japon représente 14% de la population mondiale, mais 75% des investissements mondiaux. Si on y ajoute les 9 pays à fort taux de croissance et les 9 provinces chinoises (le "miracle" économique), on atteint 28% de la population mondiale et 92% des investissements. Le capitalisme laisse donc de côté 72% de la population mondiale.

Parmi les 10 plus grandes multinationales du monde, on trouve 5 américaines et 4 japonaises. La multinationale anglo-hollandaise Shell est la seule firme européenne de ce top des 10.

Mais l'Europe marque - du point de vue capitaliste - des points sur d'autres terrains.

* les 350 millions d'Européens forment le plus grand marché de consommateurs en comparaison avec les États-Unis + le Canada (275 millions) et le Japon (125 millions).

* l'Europe représente le pôle le plus important du commerce mondial.

* Cependant, l'Europe a un Produit "national" brut de 8.400 milliards de $, soit 20% de plus que les États-Unis.

 

Le problème de l'Europe est celui de son manque d'unité politique et économique. Depuis les années 70, l'économie mondiale stagne. Le taux de "croissance" actuel européen est de 1,5% plus bas que celui des États-Unis et du Japon. Si prochainement la conjoncture mondiale se retourne en une véritable dépression, c'est l'Europe qui encaissera le coup le plus durement. C'est pourquoi les entreprises européennes "rationalisent" de façon défensive, ce qui a pour conséquence de réduire la demande intérieure.

Tant que la "croissance" se poursuit, tous les capitalistes du monde ciblent évidemment les marchés les plus dynamiques. C'est pourquoi Dehaene se précipite à Singapour ou en Argentine. L'Asie du Sud-Est et l'Amérique latine représentent la crème fraîche du gâteau. Et ce n'est pas un hasard si Bekaert et Renault investissent en Amérique latine tout en supprimant des emplois en Europe.

 

Mais là aussi apparaissent de nouvelles contradictions:

* Certains marchés asiatiques sont fort protégés. Ainsi, en Corée, le quota d'importation des voitures est de 1%!

* Bien que les marchés asiatiques croissent, ils connaissent des ralentissements.

 

Pour conquérir ces marchés, la concurrence est féroce. Les seules armes dont disposent les capitalistes est de baisser leurs coûts de production, ce qui est un second facteur pour une spirale déflatoire dans les pays riches.

La bourgeoisie du monde entier a la sainte frousse de l'inflation (hausse des prix). Aux États-Unis, la bourse pleurniche quand le chômage baisse, car si le pouvoir d'achat des ex-chômeurs augmente cela risque de provoquer une hausse des prix.

En Europe, la peur de l'inflation mène à un massacre des services publics sous la bannière de "lutte contre le déficit budgétaire . C'est la troisième raison de la déflation.

 

L'épargne des riches ne provoque pas l'inflation car elle s'oriente vers la bourse où les titres spéculatifs sont achetés. Les cours atteignent alors des montants surélevés à tel point qu'un responsable de la Réserve fédérale américaine brandit le spectre d'une catastrophe boursière.

Bientôt l'Euro?

Un certain nombre de pas irréversibles ont été faits. C'est ainsi que la Banque mondiale affirme: "le secteur bancaire... choisit la monnaie unique bien que cela lui coûte. Il formule voeu que les décideurs en tiendront compte d'une manière concrète..." (Bulletin de l'Association des Banques, novembre 1996).

En d'autres termes, les coûts techniques de l'opération (2 milliards pour la Générale) seront supportés par le personnel et le reste de la population en tant que consommateurs et contribuables.

On a maintenant pour une solution ambiguë: un billet Euro avec les symboles nationaux sur une face. En pratique, les évolutions des différentes économies et les spéculations aboutiront au résultat qu'un Euro n'aura pas la même valeur qu'un autre. Des tentatives pour éliminer les grandes différences seront le prétexte à de nouvelles mesures d'austérité.

Détail piquant. Il est prévu d'émettre un billet en Euro d'une valeur de plus ou moins 20.000F. Ce billet ne pourra évidemment pas être utilisé par les chômeurs dont l'indemnité de chômage est inférieure à ce montant. Cette coupure doit sans doute avoir été prévue pour les besoins des trafiquants d'hormones ou des responsables du trafic de femmes et d'enfants.

Imposer une stratégie ouvrière européenne!

La méfiance envers l'Europe est mise à profit par l'extrême-droite et les conservateurs de tous poils en France, comme en Grande-Bretagne ou en Autriche.

Les illusions européennes ont cependant la vie dure chez les porte-parole du mouvement ouvrier. Georges Debunne continue de croire à un "rêve européen avec un volet social".

Bertinotti, de Rifundazione comunista, rejette les critères de Maastricht. Mais il se trompe quand il croit possible l'instauration d'une monnaie unique sans plans d'austérité.

La tâche d'explication à mener auprès de tous les militants est immense: la constitution d'une Europe capitaliste unifiée n'est pas souhaitable et est d'ailleurs impossible. C'est la raison pour laquelle le Comité pour une Internationale ouvrière (CWI) tient à apporter sa contribution au débat, afin d'amener le mouvement ouvrier à lutter en faveur de la Fédération des États socialistes d'Europe!

Le Militant
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