Albanie
Quand le peuple prend les armes
Depuis la mi janvier, l'Albanie, le pays le plus pauvre d'Europe, est secouées par des convulsions sociales. Cela a commencé par les manifestations de tous ceux qui ont vu partir en fumée leurs économies placées à la caisse d'épargne, à la suite de manoeuvres frauduleuses (pyramide) impliquant de hauts responsables. Cela a fini par une insurrection armée de toute la population. Il est question d'une int ervention extérieure. Mais les responsables occidentaux, divisés sur la marche à suivre, sont peu enthousiastes. L'Italie et la Grèce voient affluer des milliers d'Albanais qui fuient leur pays d'origine.
L'Albanie est devenue un État stalinien doté d'un parti unique, en 1946 sous la direction de Henver Hodja, un ancien dirigeant des partisans. En 1961, l'Albanie a pris ses distances par rapport à l'URSS et a maintenu de bonnes relations avec la Chine. Mais en 1977, elle a rompu avec la Chine pour entrer dans l'isolement total.
En 1991, la chute du régime stalinien a vu l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement pro capitaliste composé d'anciens bureaucrates convertis en "managers dynamiques". En fait, un euphémisme pour désigner des gangste rs prêts à tout pour s'enrichir. Et ils devinrent effectivement rapidement très riches grâce aux pots-de-vin perçus lors des privatisations. Le tout, sous des applaudissements de la haute finance internationale. "Voil&a grave; enfin un pays où les anciens dirigeants ont reconnu la folie du communisme et se sont mis en tête de nous singer en se remplissant les poches" devaient-on se dire à Wall Street.
Le président Sali Berisha, un dictateur soutenu par les puissances occidentales, dut avoir recours l'an dernier à la violence, la corruption, aux menaces pour pouvoir se faire réélire. Son gouvernement est étroite ment impliqué dans le système de fraude pyramidale. Il n'en fallait pas plus pour déclencher l'explosion.
Les manifestations les plus virulentes ont lieu dans le sud du pays, et principalement dans la ville de Vlora. Mais l'agitation s'est étendue au nord du pays, et la capitale Tirana est même menacée. L'armée fraternise ave c les insurgés et leur a fourni des dizaines de milliers d'armes. L'appareil de répression, tant redouté dans le passé, et la police secrète s'avèrent impuissants à mater l'insurrection.
La dernier recours de Berisha pour tenter de se maintenir est une police spéciale dont la solde est quinze fois supérieure au salaire moyen. Les puissances occidentales ont vraisemblablement dû avancer les fonds pour év iter de devoir envoyer des troupes dans un pays où tout le monde se promène avec une kalashnikov.
L'opposition officielle est constituée d'un ramassis d'"ex-communistes" (devenus entre-temps sociaux-démocrates) et de quelques groupes libéraux et nationalistes. Il n'y a aucun parti pour défendre les travailleurs et l es paysans pauvres. L'opposition a comme exigence de nouvelles élections.
Entre-temps, le président a nommé comme premier ministre l'ex-communiste Fito. Mais la population même, et surtout l'armée rebelle en marche depuis le sud du pays, veut plus.
En ce moment, on ne sait pas encore qui prend la tête du mouvement. Il semble que ce soit surtout d'anciens militaires et des seigneurs de la guerre louches. L'influence des trafiquants de drogue locaux (le secteur économique en expans ion l'an dernier en Albanie) est manifeste.
La seule issue possible pour les travailleurs est de prendre en mains le
pouvoir à travers des conseils démocratiques dans les régions où le pouvoir officiel a é ;té chassé.Ceux-ci devraient prendre en charge les besoins élémentaires de la population: ravitaillement, soins de santé, électricité, transport et sécurité publique.
Cela pourrait ouvrir la voie à un état ouvrier qui pourrait socialiser à nouveau l'économie, une idée qui a été méchamment discréditée en Albanie au cours des 50 dernières années.
C'est la seule voie pour sortir l'Albanie de la misère et donner une perspective à l'ensemble des Balkans.
Jan Dumolyn